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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 20:01
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

La rue de La Cascade dégringole toujours vers l'anse de Maldormé et la Méditerranée. Ce matin, le soleil est déjà trop chaud pour une fin de février et, dans le lointain, des voiliers encalminés patientent dans l'attente d'un souffle de vent. Je descends, émotion à fleur de peau et du cœur, combien de fois l'ai-je empruntée cette ruelle déjà prometteuse d'un autre univers ?

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

Et me voici déjà sur la placette en bas de la rue ; en face, La Joconde n'a pas bougé, elle. La Joconde est l'ancien nom de la belle bastide jaune qui figure sur de nombreuses images de Marseille. Cela fait au moins quarante ans, voire plus, qu'elle se nomme désormais La Grande Ourse ! Sauf que, pour moi comme pour beaucoup d'habitants du coin, elle restera toujours La Joconde. D'ailleurs, je trouve que l'ancienne appellation lui sied beaucoup mieux ! 

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

J'emprunte l'escalier dit "de la pilotine", car il avait été construit pour que les pilotes du port embarquent par là. Je glisse un regard vers la droite, dans ma tête il y a encore une petite maison blanche et bleue, mais seulement dans ma tête... parce que mes yeux, eux, ne rencontrent que de la pierre grise. Seigneur, bien agressive et vilaine cette pierraille !

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

Maintenant, je me dirige vers la plage, là aussi des cabanons ont disparu ces dernières années pour laisser la place  à d'énormes tags... C'est mieux non ? Voyons, si les Affaires Maritimes prennent ce genre de décision, ce sont des gens compétents et sérieux n'est-ce pas ? qui savent ce qu'ils font !

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

Pauvre petit rescapé qui attend son temps de démolition, le cabanon Sardou est encore là. Oui, les parents de Michel Sardou y ont vécu après la guerre ou avant, je ne sais plus trop. Mais enfin, comme pour La Joconde, les gens du quartier ont toujours dit ainsi : le cabanon Sardou !

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

A présent, je suis sur la plage et je scrute, j'écarquille mes prunelles, en face, en face de moi, il n'y a plus RIEN qu'un mur imbécile et le rocher mis à nu. Mais comment les gens vont-ils faire pour aller se nicher dessus ? Car c'était bien le but, rendre le littoral à la population ? Ma foi, à part les crampons et les piolets, je ne vois pas bien. Et l'accès à la mer ? Parce qu'il était aussi question de ça. Alors plonger, à la rigueur. Mais remonter sur les rochers... ne sera pas à la portée de tous les barboteurs du dimanche !

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

Par contre, tiens, le GROS tuyau des eaux pluviales est toujours présent. Ils ont bien fait de le garder. Surtout qu'avant, il était presque totalement caché par le Kézako mais, à présent, il vous saute presque dessus et c'est vrai, c'est charmant ce truc !

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

J'ai mal au cœur, au propre et au figuré. Pourtant, histoire de boire le calice jusqu'à la lie, je fais le tour complet de l'anse et m'attarde à regarder encore et encore, l'espace vide. Trois dames sont arrêtées aussi à quelques pas de moi et je suis obligée d'entendre leur conversation. L'une d'entre elles explique que sa famille avait un des cabanons accrochés sur un des côtés de l'escalier de la plage. " Ah ! soupire-t-elle, on prenait l'apéro dehors sur la petite terrasse et les gens en passant nous disait qu'on avait bien de la chance. Mais c'était pas du tout de la jalousie. Ils étaient heureux pour nous et avec nous. C'est fini tout ça, ce pittoresque du cabanon provençal..."

Je ne peux m'empêcher d'annoncer "Moi, c'était le Kézaco !"

"Le Kézaco ? Oh Mon Dieu ! Quelle tristesse ! Le Kézaco... mais c'était plus qu'un cabanon, cette maison à l'allure grecque. Mais à quoi ça sert d'avoir tout démoli ici ? ça n'a plus d'âme, et si c'était utile et beau ce qu'ils font, on serait d'accord mais non, c'est stupide ! Sûr, il doit y en avoir un en haut lieu qui a du décider de raser tout par là... quelle misère et quelle injustice... parce que le parking de Passedat, lui, ils y touchent pas..."

L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE
L'anse de Maldormé 13007 MARSEILLE

Les trois dames sont parties, je m'en vais aussi en choisissant, justement, de remonter sur La Corniche en passant devant Le Petit Nice. Ces ruelles, tout de même, quel charme. Est-ce qu'on se croirait dans la deuxième ville de France ? Mais qui sait, peut-être qu'un jour, elles aussi, en haut lieu, quelqu'un décidera de les raser...

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Published by Philomène - dans Billet d'humeur
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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 10:27
Les plumes de gabians

Dans le premier recueil : "Fantaisies de plumes", Il y en avait sept... de plumes ! Mais voici que deux nouveaux recueils viennent agrandir la collection : "Frissons de plumes" et "Amours de plumes" dans lesquels vous trouverez toujours sept auteurs pour l'un et huit auteurs pour l'autre.

De quoi vous évader dans des écritures multiples, de quoi varier vos plaisirs de lecture.

Pour vous les procurez, (10 euros) le volume, c'est très simple, vous suivez les dédicaces des Plumes de gabians ou vous m'envoyez un mail : jpj.anziani@free.fr.

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Published by Philomène - dans Ecrivants - écrivains
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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 14:25

Quelques jours avant la Noël, j'ai été invitée dans une classe de CE 1 de Marseille. Une animation à partir du conte : Phocette, la petite souris marseillaise.

Une heure et demi d'échange, de partage, de plaisir, de questions, de réponses...

Et des sourires, et des éclats de rire, et des bises...

Des mots d'élèves comme des mots d'amour

Des fois, je me demande pourquoi je continue à écrire et à essayer de faire des livres ! Un éditeur qui met la clé sous la porte, un autre qui publie un album en y laissant des coquilles, un imprimeur qui n'emploie pas la bonne colle pour la couverture, des libraires qui ne jouent pas le jeu...

Et puis, début janvier, une grosse enveloppe beige dans ma boîte aux lettres. A l'intérieur, seize pages quadrillées.

Voilà, j'ai la réponse, je continuerai à écrire des histoires pour  les enfants afin, qu'un beau matin, il y ait une enveloppe dans ma boîte aux lettres et qu'en sortent des petits mots d'amour comme autant de lapins blancs d'un chapeau de magicien.

Des mots d'élèves comme des mots d'amour
Des mots d'élèves comme des mots d'amour
Des mots d'élèves comme des mots d'amour
Des mots d'élèves comme des mots d'amour
Des mots d'élèves comme des mots d'amour
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Published by Philomène - dans Mes Albums
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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:13

La thématique de l'année 2016-2017 de la revue Filigranes (dont je vous ai souvent parlé) était "La matière de l'écriture", déclinée sur trois numéros.

Pour le N°94, il s'agissait d'écrire en relation avec "Vers la surface".

 

 

« Elle »

 

Un choc !

De la pointe des cheveux au bout des orteils.

De la surface de la peau au fin fond des entrailles.

Et les battements du cœur et les frissons de l’âme.

Pourtant, déjà tellement d’images de la cité dans les médias…

Et tant et tant de paroles sur « elle » que…

M’attendait pas à ça ! M’attendait vraiment pas à ça !

Un état de sidération absolue qui me coupe le souffle.

Et les jambes. Plus bouger.

Ivre de beauté et comme en apnée, à même le quai.

 

Hé ! Suis-je – encore - dans la réalité ? Possible que ce soit un

rêve... d’ailleurs, j’en ai tellement rêvé ! En tout cas, si c’est un

rêve, il est partagé. Heureusement partagé. Parce que, pour que la

félicité soit aussi parfaite, phénoménale, jubilatoire, impossible

de vivre seule l’instant.

Ah ! ces instants de grâce qui vous tombent dessus au moment

vous ne les attendiez pas, avec des personnes auxquelles vous ne

pensiez même pas… puisque vous ne les connaissiez pas !

Et maintenant, vivre ensemble cette espèce de communion.

Immédiatement, je sais que je me souviendrai jusqu’à mon dernier

souffle de cette vision.

Hasard ? Encore… Qui a choisi de placer ma rencontre avec « elle »

à cette minute précise où le soleil tire sa révérence en ombre

chinoise entre deux nuages, parant les flots, les toits, les façades

et les gens d’un époustouflant ocre doré.

 

Délicate volupté.

Tiens, c’est étonnant, je respire encore ? Et mes trois autres compères,

là, à côté, sont-ils dans le même état ? Oui, disent-ils.

Miracle de cette ville, cadeau de la nature et des hommes.

 

Le choc.

Et l’eau, ici, encore là, et là-bas, qui éclate en mille particules

diamantées.Trop. C’est trop. J’ai envie de pleurer.

Vite, un verre de Spritz.

Venise.

 

 

Jeannine Anziani

Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014

Venise - Octobre 2014

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 16:36
GRASSE

Donc, suite avant-dernier article, entre Noël et Jour de l'an, j'ai parcouru durant deux jours les chemins de mon enfance.

Grasse n'en était pas tout à fait une étape. Quoique... si mes souvenirs ne passent pas vraiment par le village des parfumeurs, combien de fois mon père ne nous a-t-il pas raconté ses levers à cinq heures du matin pour aller, en compagnie de sa sœur ainée, cueillir les fleurs de jasmin pour ensuite aller les porter à une des distilleries ? Un moyen de gagner quelques sous. Lui, enfant, y avait vécu.

Et peut-être que je peux trouver là, l'origine de mon engouement, dès l'âge de vingt ans, pour un des parfums de Molinard, célèbre parfumeur de Grasse.

Après, derrière le nom (et la référence au père) j'aime l'histoire de cette maison de parfumeurs, fondée en1849 et qui se perpétue depuis cinq générations et aujourd'hui présidée par une femme.

GRASSE

Mon eau de toilette fétiche ? C'est Habanita. A qui, je dois l'avouer, j'ai été infidèle depuis quelques années.

 "Souvent femme varie", dit le proverbe ! Une femme infidèle... à son parfum préféré. Envie d'autre fragrance. Seulement, j'étais toujours déçue. Ce n'était pas moi ces autres senteurs. Une nostalgie de plus ! Aussi, l'occasion faisant le larron, pourquoi ne pas faire une halte à Grasse , sur le chemin du retour vers Marseille? Et connaître le lieu où est fabriquée mon essence favorite.

La maison Molinard à Grasse

La maison Molinard à Grasse

Et voilà comment nous sommes allés dans la cité des parfums et comment je me suis retrouvée à la Maison Molinard à faire l'acquisition d'un énorme flacon ! 

"Tu m'as manqué, tu sais, Habanita !"

A propos, cette année, il fête ses 95 ans, MON parfum !

GRASSE
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Published by Philomène - dans Voyages...
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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 16:41
Chantal pendant un séminaire de la revue Filigranes

Chantal pendant un séminaire de la revue Filigranes

 

 

Un moment que je voulais mettre de l'ordre dans les catégories de ce blog. De l'ordre, et rafraîchir un peu aussi ! Pour commencer une année nouvelle, c'était une bonne idée non ? Donc j'ai voulu supprimer "Nouvelles en plusieurs épisodes" (une drôle d'idée !) et les remplacer par "Des nouvelles". Sauf que, patatras ! En modifiant la catégorie, certaines nouvelles se sont enfuies...

Aussi, ne me reste plus qu'à les remettre. Peut-être pas toutes en définitive, mais Secret de Béton, de Chantal Blanc, la voici :

 

Secret de Béton

 

 

Depuis des mois, il pleut dans ce coin de France réputé pour son ensoleillement. Les vitres de la petite maison transpirent après avoir été battues par les rafales mouillées. Les rares heures où le vent pousse la pluie plus loin, je vois la campagne à travers la dentelle beige et grise, résistante, le temps de l’accalmie.

Soleil timide ou brûlant qui fait exploser les petits points brodés par la conjugaison de l’eau, de la poussière et du vent. J’ai à peine le temps de m’habituer à cette trêve douce ou brûlante, mais toujours trop courte, que le ciel à nouveau s’assombrit.

Si l’averse est verticale et calme, la dentelle résiste et fait la nique à cette vaine douche, mais lorsque le tonnerre éclate, lorsqu’il frappe à plusieurs reprises sur le gong de sa voix grave, lorsque les trombes dégringolent subitement, l’eau cette fois-ci remplit son rôle de lavandière, elle efface, démaille l’ancien dessin qui décorait mes fenêtres…jusqu’à la prochaine offensive du vent, brise ou bourrasque chargée de poussières qui vont rebroder de jolis rideaux, il faut préciser qu’ici, les dentellières sont réputées.

 

Depuis des mois, il pleut ; j’étais venu pour le calme, la douceur du printemps, dans ce coin proche de Vauvert, à Montcalm exactement. J’étais venu pour sécher tranquillement mes pleurs, pour hennir avec les chevaux et recevoir les couleurs de la vie. J’étais venu pour respirer le sable, le faire glisser entre mes doigts, je pensais qu’ils en seraient minéralisés pour fournir l’énergie nécessaire à l’écriture de mon œuvre. Je m’étais souvenu de magnifiques vacances avec mes parents à Aigues Mortes. J’avais découvert les chevaux et leurs gardians, les taureaux, et des oiseaux d’une taille insoupçonnée aux yeux d’un jeune enfant, les flamants roses surtout m’avaient marqué. J’ai préféré la rusticité d’un hameau au défilé incessant des touristes visitant les cités célèbres de la Petite Camargue.

 

Mais il pleut depuis des mois, trois ou quatre, je ne sais plus bien, il pleut depuis mon arrivée. Et la pluie est contagieuse, elle entretient mes larmes, elle me couvre de ses gouttes, de son eau, elle me transperce jusqu’à la moelle. Alors, je rentre ; je ne prends pas ma voiture pour aller sur la plage, plus loin… D’ailleurs, le sable coulerait-il dans ma main ouverte ? Ce sable si fin, mais détrempé, collerait à mes doigts, il serait gant de sable mouillé, béton fendillé, il emprisonnerait mon désir d’expression. Momifiée, ma main ne pourrait s’affranchir.

 

Depuis des mois, il pleut alors que j’étais venu pour raconter mon secret. Comment écrire quand l’écrivain se sent pris par le béton, (l’écrivain, c’est moi en l’occurrence). Je le connais trop bien, ce matériau pour en parler objectivement. Pourtant, je ne suis ni maçon, ni couleur de béton, je suis fils de pasteur et j’ai fait des études : normal et inévitable quand le hasard de la naissance vous fait atterrir dans une famille de pasteur, professeur en sus ! Je n’aime ni le béton, ni le sable mouillé.

Je suis fatigué de la neige, de la pluie des Vosges. J’étais venu trouver le soleil, le bleu tout en haut, le bleu au loin, regarder le bout du monde là où la ligne de fusion des deux bleus n’est plus ligne. J’étais venu ici pour échapper au gris du haut et au vert souvent foncé du sol de ce pays où même le nom annonce l’obscurité : « Vosges », le O du noir, des monts, le O lové sur soi. Je voulais du clair : dans « Camargue », le A de la clarté a deux yeux, j’y lisais le A de la guitare, des flamants, du sable et des plages, avec ce A, je voulais rencontrer l’aventure, l’avenir après avoir dissous mon passé…

 

Mais, voilà : il pleut depuis des mois, le climat est devenu monomaniaque par ici, et même si je profite de courtes récréations ensoleillées, je ne peux m’empêcher de craindre le retour du gris. Mon plaisir est gâché, se durcit et je ne parviens pas à écrire mon histoire. Chez moi aussi, il pleut souvent en glace fondue, en crachin, en giboulées, je ne supportais plus ce froid rude ; Ici, il pleut en rosée, en averse ou en cascade, c’est plus franc, plus salé, iodé, mais je commence à perdre patience, le temps s’écoule, indifférent… A cette allure, mes économies vont fondre comme sucre dans l’eau.

 

J’avais besoin de m’éloigner, un congé sans solde m’a été accordé par la direction du collège d’Epinal où je professe depuis deux ans. Congé accordé en raison d’un deuil très difficile. Ma mère est infirmière, son travail est devenu thérapie. Moi, je n’ai pas pu. Je devais partir, en petite fugue bien orchestrée pour le matériel, la vie physique : une maisonnette, presqu’une cabane de gardian où dormir et manger. Parce que là-haut, dans ma montagne, la musique de mon âme se détériorait sérieusement, mes portées s’effondraient sous les bémols, mes noires et mes blanches finissaient par se mêler pour donner des notes grises sans discipline temporelle qui s’écrasaient sur les lames du parquet de chêne. Quant aux croches, elles eurent vite fait de s’échapper pour danser dans les fougères, à l’abri, au creux des sous-bois.

 

Depuis des mois, il pleut, mon papier est mouillé ; mon crayon le déchire, le troue, mes mots se glissent dans les fibres de bois du bureau d’écolier que j’ai immédiatement adopté. Impossible de les rattraper ! Matière en moins pour m’expliquer, pour lui expliquer, pour qu’elle comprenne.

Le temps presse, le temps pleut, la pluie lave d’habitude ; moi, je me sens immergé, dans un scaphandre avec un masque brodé et des mains raidies par le métal, comme dans du béton. Mes gestes sont ralentis, pesants, ma voix est enfermée. Bizarre… je me sens trempé dedans et enfermé dehors, imperméabilisé… Non, pas toujours.

En un mois, nous sommes en juin, je crois, j’ai pu me promener une fois en pleine nature sauvage, des parfums d’iris tardifs, de genêts ont caressé mes épaules, un nuage est passé au-dessus de moi, c’était une colonie de cigognes en migration venues certainement pour s’accoupler et nicher par ici. Un tout petit instant, j’ai pensé être à Colmar, en Alsace, plutôt à

Côté de Mulhouse où se trouve un magnifique parc naturel : « la petite Camargue Alsacienne »où les cigognes réapparaissent chaque année, j’aime quand elles claquettent, quelques nids coiffent alors des cheminées. Ici, je suis en « petite Camargue »de Provence, je n’avais pas fait le rapprochement jusqu’à aujourd’hui, il est vrai qu’au-delà de l’appellation, d’une réserve ornithologique et de la proximité de lieux secs et humides, la comparaison s’arrête là ; La faune, la flore sont très différentes, les couleurs plus vives ici, la musique plus légère et chantante, l’accent aussi, les odeurs plus épicées, les vins sont de Costières et là-bas ou plutôt là-haut, le vin est d’Alsace.

Je suis retourné jusqu’à ma voiture, j’ai côtoyé des roselières et j’ai compris pourquoi tant de cabanes de gardians étaient couvertes de roseaux. J’ai envié le bon sens de l’occitan.

 

J’ai des parents formidables, non… j’ai une mère adorable, aimante, mais suffisamment ouverte aux autres, à ses malades et amis infirmiers, ce qui lui a permis de ne pas m’étouffer. Mon père… était un homme très respectable, bon éducateur, disponible et accueillant du point de vue pastoral, mais un peu dur avec moi. Il se voulait sculpteur de mon avenir et traçait mon chemin sans se préoccuper de mes désirs : j’ai eu longtemps l’impression d’être une boule de glaise modelable à volonté. Mais, une fois le moule réalisé, ce que j’appelle ‘ma carapace’, à l’intérieur, tout au milieu, j’ai résisté, je me suis serré, durci en nodule minéral et j’ai attendu… longtemps.

J’ai obéi, j’ai donné le change à ma mère. Et j’ai grandi. Et je me suis oublié… un temps.

 

Depuis mon arrivée ici, il pleut et je n’arrive pas à m’écrire, alors, je rêve, je me réinvente. J’aimerais être ‘musique’ pour faire frissonner les gypsies, pour les inspirer, pour être écoutée, pour être jouée par des admirateurs de Django ou Manitas. J’aimerais être un bon ‘ biou’ en langue d’Oc, je pourrais porter cocarde bi ou tricolore pour me faire un nom dans une manade, comme celles de Vauvert Montcalm, Nicollin, Félix ou Martini. La ‘ferrade’ n’est qu’un mauvais moment vite oublié. Ce marquage est pratiqué en pleine jeunesse sur les poulains et taurillons d’environ un an et je crois qu’ils ne sentent pas grand-chose. Il faudra que je sois ‘bistourné’ je préfère ce mot à l’autre, (plus classique et moins chantant à l’oreille), épreuve douloureuse, sûrement, mais qui résoudrait mon problème de choix que je trimballe depuis des années. Bien sûr, mon père était incapable de suspecter une telle aberration de la nature ! Ainsi ‘adoubé’, je pourrais partir en’abrivado’, courir et revenir en ‘ bandido’ après et pourquoi pas, être nommé biou d’Or.

J’aimerais être un héron cendré, ou plutôt un flamant rose, même s’il faut attendre au moins quatre ans pour le devenir, ‘rose’. J’aimerais être un flamant rose pour voyager, souvent, construire une famille et évoluer dans les airs, être admiré. Et puis, je trouve le flamant plus élégant que la cigogne que je connais bien.

Musique, biou, flamant, je ne craindrais plus cette pluie.

 

J’aimerais encore être genêt, éclairer de soleil la nature et essaimer avec ou sans vent : la graine du genêt pousse toute seule une fois sur la terre. J’aimerais être ‘taureau’ bien noir pour enthousiasmer les aficionados et pour mettre au sable le torero avec son ‘costume’ imbu de ses paillettes. J’aimerais être ‘cheval’, tout blanc, pas de labour, pas de course, mais de Camargue pour l’entente avec nature et gardian. J’aimerais être soleil, pour réchauffer le monde, pas pour le brûler, pour sécher le linge, pas les cœurs, j’aimerais être soleil pour éclairer, rayonner, régner…

Genêt, taureau, cheval, je ne craindrais plus cette pluie.

 

Il pleut toujours et encore. Pourra-t-on sauter le feu de la St Jean ?

Bientôt, ma mère sera en vacances d’été, je veux la retrouver, lui expliquer, l’embrasser, la consoler. Mon père est mort le 15 octobre de l’année passée, ou de cette année scolaire, comme on veut, il y a donc … environ sept mois. Il est figé… là-bas.

Depuis quelques années, le puits près de la maison était tari et représentait un danger potentiel pour les enfants ou les animaux domestiques, il fallait le combler, mon père avait commencé par y jeter toutes sortes de vieux objets encombrants, cassés, des pierres et des ferrailles inutiles. Je l’avais aidé. Devant l’ampleur de la tâche, il avait fait appel à un ouvrier maçon avec sa bétonnière. Je n’aimerais pas être maçon, excepté pour construire une maison parce qu’on n’est pas seul. Mais maçon pour remplir des trous, non, je n’aimerais pas. Et puis, quand il pleut, on ne peut pas travailler, le béton refuse d’obéir.

La pluie a cessé. Combien de temps ?

 

Il avait donc fait venir maçon et bétonnière, et l’accident s’est produit alors que la machine tournait seule, personne n’a compris. Mon père est tombé, le béton a coulé sur lui…Ma mère l’a attendu, nous l’avons fait rechercher…il n’a pas été retrouvé. Avant de prendre son service, ma mère fait une prière chaque jour, dans l’église, à côté de chez nous, puis son travail l’accapare. Moi, j’ai essayé de me fondre dans mes cours, pour les élèves, mais je n’ai pas pu.

Tiens ! Un rayon de soleil me fait un clin d’œil. Je vais donc voir plus clair et écrire à ma mère pour lui demander de me rejoindre. Elle ne pourra participer à la féria de Vauvert qui va se dérouler bientôt : mi-juin, je crois. Il faut que je me renseigne sur les dates des abrivados et des fêtes votives de Gallician, Aimargues et Vergèze. Je l’emmènerai aussi revoir Aigues Mortes, Les Saintes, la réserve près du pont de Gau et puis les marais…

Je pourrai lui parler de moi, d’avant, de mes blessures, elle m’aidera à effacer mes cicatrices et pensera moins aux siennes, je lui dirai mes joies d’enfant, on ne dit jamais assez merci à ses parents et elle sera fière, je lui confierai mes incertitudes sur mes aspirations affectives, elle me comprendra et m’aidera peut-être, elle. Une mère ne renie pas son fils. Même s’il ne suit pas la voie ‘normale’. Une mère peut tout entendre. Mon père n’est plus là pour lui boucher les oreilles et c’est bien !

 

Le soleil s’affirme, il semble vouloir s’installer vraiment, mais dans mon âme, il fait triste et il y pleut depuis des mois, exactement depuis que j’ai eu un geste de trop et une parole en moins. Il faudrait que je l’exprime, cette parole, il faudrait que j’autorise ma voix à le faire, ou ma main à l’écrire, avec le beau temps, tout va sécher, les routes, le sable, le papier, les mots resteront inscrits, il faut qu’ils en aient le courage, maintenant qu’ils n’ont plus l’excuse de la pluie. Que me dites-vous ? : « … papier ? .. .Il n’y a plus de papier ? ». Qu’à cela ne tienne, nous allons en acheter, du papier ; il fait beau, l’air me fera du bien, un petit bout de nationale pour arriver à Montcalm et dans la première échoppe, qui est tout à la fois librairie, papeterie, dépôt de pain, de bonbons et autres gourmandises, je trouverai papier et programme des festivités à venir. C’est là que j’ai déniché du miel de tamaris ! J’achèterai le Midi-Libre pour me replonger un peu dans le bain du monde.

 

Quelques pas sur la route, et je suis maintenant décidé à dire mon secret, sinon il va finir par prendre la fuite sans moi et Dieu sait où il pourrait aller… Oui, je vais le déposer. Tiens, encore le tonnerre, encore ! Nuages noirs, grosses gouttes… l’abribus de l’autre côté, j’y vais…

 

 

Hier, à 15 heures, un tragique accident s’est produit à l’entrée de Montcalm.

Un homme a été écrasé par un camion transportant une bétonnière. Décédé, il

n’a pas été identifié. Le conducteur n’a pu freiner, il affirme que cette personne

s’est jetée sous ses roues. L’enquête doit déterminer les causes de ce drame.

 

 

Chantal Blanc

 

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 08:45
Le marché couvert d'Antibes

Le marché couvert d'Antibes

Il est possible que je sois nostalgique de mon enfance, parce qu'elle a été lumineuse. Quoiqu'il en soit, revenir sur ses pas est une grâce accordée.

Aussi, quand l'occasion se présente, pour quelques instants, de retrouver des lieux, forcément associés à des images, en ressentir la force et la douceur, devient alors un délicat bonheur à savourer sans se poser trop de questions.

Le marché couvert d'Antibes, sous son architecture à la Baltard, gravé à jamais dans mon esprit, est à ranger dans la catégorie. Ici, rien n'a changé, ou presque.

Les étals des marchands, les blettes du jardin (achetées !), les salades Trevise.
Les étals des marchands, les blettes du jardin (achetées !), les salades Trevise.
Les étals des marchands, les blettes du jardin (achetées !), les salades Trevise.

Les étals des marchands, les blettes du jardin (achetées !), les salades Trevise.

Après le marché, le pèlerinage à Antibes passe par la plage de la Salis : notre plage du matin, une certaine rue qui y débouche, une ancienne pension de famille, la dernière villa louée. Or, petit miracle, ici encore, presque rien n'a changé.

Ce n'est pas que je sois absolument conservatrice, mais c'est que la plupart du temps, quand L'Homme démolit, c'est pour enlaidir les paysages... 

La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)
La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)
La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)
La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)
La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)
La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)

La plage de la Gravette (sous les remparts), l'ancienne pension Helvetia, la villa "Pigeon vole" (sans nom aujourd'hui)

Vous l'avez peut-être un jour ressenti, l'émotion qui vous envahit, en retrouvant un lieu cher à votre cœur  et perdu de vue depuis longtemps. Aussi vous comprendrez aisément le sentiment qui est monté en moi, au fur et à mesure que notre voiture montait, elle, en direction du phare de La Garoupe.

A l'époque, nous y montions à pied, c'était la balade de fin de journée.

Le phare de La Garoupe
Le phare de La Garoupe
Le phare de La Garoupe
Le phare de La Garoupe
Le phare de La Garoupe

Le phare de La Garoupe

La plage de La Garoupe, notre plage d'après-midi, comme celle de la Salis avait revêtu ses habits d'hiver. Mais les chers fantômes de mes étés salés-sucrés étaient au rendez-vous.

Le Petit Robert donne comme définition de la nostalgie : "regret mélancolique (d'une chose révolue ou de ce qu'on a pas connu). Ai-je des regrets ? Je ne crois pas, pas de regrets mais c'est un peu comme quand on regarde un bel objet, un superbe tableau et qu'on ne peut s'empêcher de le trouver beau.

Mes souvenirs sont beaux. Et Dieu que la nostalgie est jolie !

 

La plage de La Garoupe et son phare dans le lointain
La plage de La Garoupe et son phare dans le lointain
La plage de La Garoupe et son phare dans le lointain
La plage de La Garoupe et son phare dans le lointain
La plage de La Garoupe et son phare dans le lointain

La plage de La Garoupe et son phare dans le lointain

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 16:32

Oui, depuis quelques années, la période de Noël m'est devenue nostalgique. Je ne peux empêcher les souvenirs de revenir à la surface.

Ce sont des souvenirs heureux. Merci Papa, merci Maman pour tous ces époustouflants Noëls si magnifiques, extravagants, lumineux.

Noël 1969

Noël 1969

"L’étape du 24 décembre se déroulait dans notre famille d’une manière très rituelle. La crèche sur le buffet de la salle à manger de l’appartement du Prado ; un gigantesque sapin dans celle de la maison de campagne située à Mimet, un village entre Marseille et Aix-en-Provence où nous passions Noël. L’impératif annuel étant que ce sapin atteigne le plafond ! De la grandeur, de la démesure, toujours…

Mais l’essentiel ne se situait pas dans la dimension du sapin ; impalpable, insaisissable, flottait dans l’air une légèreté de l’être. Facilité d’être, sans en avoir la moindre conscience.

Après le souper, nous mettions des disques et tout le monde dansait ; ce qui étonnait souvent les amis ou la famille conviés à partager ce réveillon. L’attitude était-elle complètement religieuse ? Était-ce réellement sacré de danser pour fêter la naissance de l’enfant Jésus ?

Et pourquoi n’aurions-nous pas dansé le soir de Noël ?

En Provence existe la coutume du cacho-fio. Lors de cette cérémonie, le plus âgé en compagnie du caganis, c’est-à-dire le plus jeune, pose dans la cheminée une grosse bûche, celle qui est susceptible de se consumer le plus longtemps possible. Cette bûche se doit, traditionnellement, d'être issue d'un arbre fruitier.

Toute l'assemblée doit alors faire trois fois : symbole de la Trinité le tour de la table. Le plus jeune verse ensuite un verre de vin sur la bûche tandis que l'aïeul prononce des paroles de bénédiction. En provençal : « Alegre ! Diou nous alegre ! » se traduisant par :
« Dieu nous garde joyeux. »

Joyeux ? Exactement. Joyeux. Tout à fait. Nous étions joyeux à notre façon."

 

(Extrait du "Le plus petit des GRANDS magasins - Edilivre)

 

Noël 1973

Noël 1973

Dans ce temps-là, était-il suffisamment clair à mon esprit, le message de tolérance, d’amour et de liberté que signifiait la tradition provençale de faire une crèche, avec un père athé, laïc, et communiste, de fêter la naissance de Jésus, même en dansant ?

 

La crèche avec la dernière arrivée cette année : la marchande de morue
La crèche avec la dernière arrivée cette année : la marchande de morue

La crèche avec la dernière arrivée cette année : la marchande de morue

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Published by Philomène - dans De bric en vrac
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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 08:34

Dans La Provence de ce dimanche 18 décembre, sélectionnée parmi 30 cadeaux marseillais à glisser au pied du sapin, figurait "MA" souris !

Phocette, la petite souris marseillaise dans "La Provence"
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 16:13
Pub "L'été du loup" par Suliko Matyas

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L'été du loup une nouveauté pixygraph de Philomène Anziani et de
Alexandra Suliko Matyas-Faye

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  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
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 Phocette, la petite souris marseillaise (Editions de l'Hippocampe)

 

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