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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 19:19

"Dans l'anse de Maldormé, au pied d'Endoume, le cabanon Kezaco, qui est en fait une véritable maison (en blanc avec les volets bleus), doit être détruit avant la fin de l'année. À gauche, un autre cabanon devrait également libérer l'espace. (...)

Sur l'autre bord de la crique, il y a le cabanon Sardou qui appartenait, jadis, à la famille du chanteur. Peut-être finira-t-il aussi sous les pelleteuses de l'État. Ce qui ne surprendrait pas Jeannine Anziani. Car, dans cette anse de Maldormé (7e), où se dresse le majestueux Petit Nice Passédat, elle a déjà vu trois cabanons devenir poussière. Et d'ici la fin de l'année, c'est le sien qui va appartenir à l'histoire.

(Pas le mien, celui de ma famille pour être plus exact)

La main de fer de l'État va broyer le "Kezaco".

Plus qu'un cabanon, c'est une vraie maison accrochée aux rochers. Terrasse ouverte sur les flots en rez-de-chaussée, chambre à l'étage, murs d'un blanc andalou, sertis de volets bleus : on est loin du cabanon "verrue" qui gâche le paysage. Mais l'avenir semble écrit."

Photos Serge Stamati

Photos Serge Stamati

"Ce cabanon avait été acheté par mon père dans les années 60, raconte Jeannine. Puis, ma mère l'a récupéré mais elle est décédée l'année dernière. Je (Nous) n'ai pas pu hériter de l'AOT délivrée par l'État. Les affaires maritimes m'ont dit que ce n'était pas cessible." L'AOT, ou Autorisation d'occupation temporaire signifie que la maison se trouve sur le domaine maritime. Autrement dit, l'État a droit de vie ou de mort sur le bâti. Et dès que le propriétaire n'est plus de ce monde, en l'occurrence la mère de Jeannine, la destruction peut être programmée. L'héritière ne compte pas."

"Un décret de 1857, complètement obsolète"

"Il y a quelques semaines, le chef du service Mer et Littoral des Bouches-du-Rhône, lui a adressé un courrier glacial, conclu par : "Je vous demande donc d'évacuer cette construction de toutes affaires personnelles, de procéder à la résiliation et au démontage des compteurs EDF, eau et Télécom et de murer tous les accès (portes et fenêtre) de la construction à l'aide de parpaings..."

Aujourd'hui, Jeanine semble résignée : "La démolition doit coûter 30 000 . Et elle pourrait être à mes frais si j'engage une procédure. Puis, tout a été fait pour que je parte. La durée de l'AOT a diminué au fils des années. 10 ans, puis 5 ans, puis 1 an. J'ai senti qu'on voulait notre départ. Le loyer annuel a augmenté. Il est passé de 300 à 6 000 . Avec la taxe d'habitation et la taxe foncière, cette maison me coûte (coûtait à ma mère, nous ne pourrons pas suivre) 9 000 à l'année. Comment voulez vous tenir ?"Pourtant, son avocat, Marc Mamelli, ne baisse les bras. Pour lui, cette décision ne relève pas de la Loi Littoral qui tend à rendre au bord de mer son aspect naturel. "Non, ici on est au centre-ville, dans un espace urbain, assure l'avocat. La Loi Littoral ne s'applique pas. Kezaco relève d'un vieux décret de 1857, complètement obsolète."

Le Kézaco

"Le plus haut flot de l'année"

"Pour démolir, l'État s'appuierait en fait sur ce qu'on appelle "le plus haut flot de l'année", autrement dit la vague qui, si elle supérieure au cabanon, signe son arrêt de mort. "Mais ce plus haut flot, il faut le mesurer dans le cadre d'une expertise. L'État doit faire une enquête publique." Puis, si la vague doit être fatale à "Kezaco", pourquoi ne l'est-elle pas à certains établissements voisins ? "Non, ma cliente a un acte de propriété. On n'a pas le droit de la faire partir. En tout cas, j'aimerais bien que l'administration s'explique."

Côté mairie, on ne veut pas jeter de l'huile sur le feu.

Mais on se pose une question : libérer l'espace pour le public ou pour l'aménager, d'accord. Mais pourquoi détruire une maison quand on sait qu'on ne pourra rien y mettre et que le site est difficilement accessible ? La question est loin d'être stupide."


Le Kézaco

"Les constructions de bord de mer en sursis"

"AOT : trois lettres qui pèsent comme une épée de Damoclès sur les constructions situées sur le littoral marseillais. Ce totem d'immunité est désormais renouvelé au compte-gouttes, d'une année sur l'autre, par les services de l'État. Sans AOT, il faut cesser l'occupation et démolir, même s'il s'agit d'institutions établies depuis plus de 50 ans.

Après la brasserie Les Flots Bleus sur la Corniche, après la discothèque La Maronaise aux Goudes, et la pizzeria Chez Dédé à la calanque de la Verrerie, quel établissement, quel cabanon sera englouti sous les pelleteuses de la Loi Littoral ? Le restaurant Le Petit Pavillon ou l'Hôtel Richelieu ont bien failli, eux aussi, sombrer corps et biens dans la falaise. Le premier a pu sauver sa tête et récupérer son AOT en démolissant une partie de terrasse, comme l'exigeaient les services de l'État."

Il y en a d'autres qui sont concernés...

Il y en a d'autres qui sont concernés...

"La propriétaire a écrit au maire"

"En fin d'année dernière, Jeannine Anziani, propriétaire (avec ma sœur et mon frère) du cabanon Kézaco, a écrit à Jean-Claude Gaudin :

"Dans cette affaire, il y a un côté sentimental avec la démolition d'une maison et tous les souvenirs qui s'y rattachent (...). Raser ce cabanon à l'architecture Art déco, qui date des années 30, me semble surréaliste alors que la ville a été Capitale européenne de la culture. Le Kézaco fait partie du patrimoine culturel et témoigne d'un art de vivre au cabanon (...). Il se trouve que je suis auteur (...). Plutôt que de le démolir, ne pourrait-on pas en faire 'Le cabanon des écrivains et des poètes", allier architecture et écritures, y organiser ponctuellement des rendez-vous littéraires, le cadre étant lui-même si poétique ? Cela ne me paraît pas dénué de sens." La lettre de Jeannine Anziani est restée sans réponse."

Jean-Jacques Fiorito avec Sophie Manelli (La Provence du 19 mai 2014)

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Published by Philomène - dans Billet d'humeur
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