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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 08:31
Queue d'poisson (Hors de prix - Filigranes)

Homme, Homme, j’ai tellement besoin de croire en toi.

Sinon, à quoi bon continuer à raconter des histoires…

 

Queue d’poisson

 

C’est l’histoire d’une queue d’poisson !

Qui fit partie d’un thon.

Pêché entre Corse et Continent.

Sur un long voilier blanc.

Mais joli voilier s’en est allé.

Surnagent dans les albums, dans les cadres d’argent,

quelques images de bonheur outrecuidant.

Apprivoiser le temps qui passe et creuse des sillons

au coin de nos yeux.

La nostalgie est un sentiment d’un luxe inouï.

 

La queue de poisson, elle, s’est desséchée sur le rebord

de la hotte dans la cuisine.

Vestige de la bataille entre l’homme et l’animal,

une queue… à deux ailes pour s’envoler

dans ses souvenirs.

Au départ, il y avait eu du Bleu

Partout, dans l’azur, sur la mer, au fond de nos prunelles.

C’était un bleu de grande espérance.

Ah ! si, si… ce putain de moulinet de la canne à pêche

pouvait se mettre à tintinnabuler… Il avait fini par tinter

au crépuscule, sous une boule d’or plongeant dans l’eau,

le vent qui se voulait tendre et complice, le bruit

des vagues qui se faisaient légères.

 

Après, il y avait eu du Rouge

Rouge sang. Du sang partout.

Et le regard du beau poisson que le pêcheur doit achever…

combat inégal entre la bête sacrifiée et l’homme

tel un dieu ordonnateur.

La vie, la mort.

 

Rappel des traversées, des montées d’adrénaline.

Rappel paré de mesquinerie, comptable avaricieux

des choses perdues pour toujours :

la chaude saveur iodée des étés,

la ligne tenue de la côte qui apparaît sur l’horizon,

les paysages retrouvés tels de vieux amis,

les paysages inconnus vaguement inquiétants.

 

Tout ce qu’on a chéri. Tant, tant, tant.

Ma mémoire se voile de noir.

Tellement qu’on ne vendra jamais aux enchères :

le son d’un maillet sur un gong, une caresse de ma mère,

un coup d’œil échangé sur un bout de quai ;

les voix de ceux qu’on a aimé, évaporées

comme les volutes des cigares de mon oncle.

 

Soudain, fantomatiques, flottent dans l’air la fragrance d’Habanita,

l’arôme du pistou fraîchement ciselé,

le sourire de mon père...

Jeannine Anziani

 

Publié dans le N° 90 de la revue d'écritures Filigranes

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