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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 08:49

Le dernier numéro (N°92)  de la revue Filigranes, vient de paraître. Triste coïncidence, à l'intérieur du numéro, mon texte sur la thématique Coûte que Coûte fait allusion aux attentats de Paris.

Or voilà que je le poste sur ce blog le lendemain des attentats de Bruxelles.

L'horreur continue...

Au sujet de Filigranes, je ne répèterais jamais assez : la revue, îlot d'humanité, et nous en avons plus que jamais besoin en ces temps troublés, propose depuis trente ans des séminaires gratuits trois fois par an à Aubagne. "C'est là que s'élaborent les choix éditoriaux contribuant à enrichir la réflexion de chacun au sujet de la création contemporaine."

Filigranes n'a JAMAIS fait appel à subvention ni quelque aide que ce soit, mais a simplement BESOIN d'abonnés pour continuer à vivre.

N'hésitez donc pas à venir nous rejoindre, à participer en envoyant un texte sur le prochain thème : Matière à écrire ou soutenir ce beau projet qui perdure en vous abonnant :

www.ecriture-partagee.com

S'abonner à Filigranes : 4 numéros 30 € !

Le banc de la Corniche (Marseille)

Le banc de la Corniche (Marseille)

« Avant l’aube, un chien aboie,

les anges commencent à chuchoter. »

Max Jacob

 

Rouge le ciel ce soir : va faire beau demain.

Et l’air : si léger, si tendre, si compatissant.

Et lui… lui ? Il a l’impression que son cœur est enfermé à

triple tour dans un cercueil de plomb. Aussi, il s’est laissé

tomber sur le banc de ciment dans l’éther translucide et

apaisant. Il pense à l’aile d’un ange où se pelotonner.

Pouvoir dépasser les effroyables images de ces morts

injustifiées et brutales, le cauchemar incompréhensible de

ces derniers jours, l’absolue terreur, la peur, les barbares.

Mal partout.

Pouvoir vomir sa bile et son effroi.

Machinalement, il consulte le cadran de sa montre.

Aïe ! il devrait… quoi. Il devrait quoi ?

 

L’azur rougeoyant, l’atmosphère diaphane, le crépuscule

maternel et lui avec sa peine dévastatrice échoué sur son

banc de ciment en surplomb de la mer ; le banc le plus long

du monde, mentionné dans le guide des records !

Une pause, après l’horreur indicible.

S’absenter, du monde et de la fanatique folie meurtrière

de quelques hommes, car oui, l’humanité engendre aussi des

monstres.

 

Inspirer les effluves iodées jusqu’à l’ivresse.

Pourtant il devrait… il faudrait… chut !

Parce que demain, allez savoir, peut-être boum !

Ou tacatacatac et, terminé ! Alors… stop, la pression,

le rôle à jouer ; s’emparer sans remords de la douceur

qui passe. Puis zut ! même pas envie de dissimuler

l’émotion envahissante.

Devant lui, la mer finit d’avaler le soleil dans le boucan

des goélands qui s’interpellent, des hommes et des femmes

courent dans la travée.

Derrière lui, les vibrations des voitures qui poursuivent leurs

trajets sur la large et sinueuse Corniche.

La vie insiste, sans violence.

Une gracieuse jogueuse aux longues mèches bleues,

portable à l’oreille, pile brusquement à sa hauteur,

répétant sans arrêt d’une voix suraigüe :

- Tu es où, tu es où ? je n’te vois pas ! tu es où, tu es où,

mais tu es où ?

 

Respiration bloquée, lui songe : « certains ne seront plus

jamais là… »

- Mais tu es où ? je n’te vois pas !

 

Subitement, sous ses larmes, une irrésistible et comme

salvatrice envie de rire, il hésite cependant à apostropher la

fille aux mèches bleues :

« Ouh ! Ouh ! Moi, je suis là !!! »

 

Moment précis que choisit sa montre pour tomber sur ses

cuisses, une petite vis détachée… Ah ! un signe ? Rester,

entamer un dialogue avec cette inconnue présentée par le

hasard ou se raccrocher à son fil d’Ariane, sortir de

l’angoissant labyrinthe imaginaire et faire confiance à son

destin ?

 

Son regard s’éloigne vers l’horizon, l’île du Planier où le

phare s’allume à l’instant et commence à projeter ses

rayons de miel.

Intense, la vie persiste.

Tiens ! Et la lune ? Où est la lune en ce prélude à la nuit ?

Par tous les diables et tous les saints, par tous les dieux

et tous les chiens, qui a piqué la lune ?

 

Jeannine Anziani

Coûte que Coûte

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