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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 15:42
Je peins le  passage (N°96 revue Filigranes)

La thématique de Filigranes pour l'année ? "Dans le miroir des mythes". Comme d'hab. le thème se déclinera en 3 fois. Le volume 1 de la série, sorti en juillet, s'intitule : Je peins le passage.

« Je ne peins pas l'être. Je peins le passage : non un passage d'âge en autre, ou, comme dit le peuple, de sept ans en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute. Il faut accommoder mon histoire à l'heure. »  (Montaigne)

Voici un exemplaire à ne pas louper ! (à commander sur www.ecriture-partagee.com).

Déjà le thème mais encore, la rubrique Cursives (interview) consacrée cette fois-ci à mon incroyable copine Dominique Lombardi : « Je suis née dans une famille italiano-russe où le maître mot était : créer et être soi-même» 

Et puis, à la page 32, dans le chapitre FORTUITEMENT : Les pantoufles de vair.

Je peins le  passage (N°96 revue Filigranes)

Les pantoufles de vair

 

Inventaire à la Noël : un sapin, du feu qui pétille, des santons,

champagne et plein de tendresse bordel ! Puis, bonne nuit les petits

et grands enfants.

Après, le père a refermé la porte d’entrée en maugréant :

Apolline s’est cassé la gueule…

Aïe, et alors ? demande la mère.

― Alors, ça va, elle s’est pas fait mal.

 

Apolline, elle, a repris sa voiture ; sur la banquette arrière, sa fille

Calista s’est endormie. Tout en conduisant, la jeune femme se repasse

le film des dernières minutes. Ses hauts talons argentés, les lourds sacs

emplis des cadeaux reçus et ce fichu maudit escalier.

Elle sait, elle va tomber.

Voilà, le contenu des sacs se répand de tous côtés mais elle… se sent

comme soulevée tendrement pour être ensuite déposée très délicatement

au sol. Réels, le léger rire, le froissement d’étoffe ?

Évidence : elle aurait pu se faire une entorse, se casser une jambe, se fracasser le crâne…

Enfin, voici la place de Malte, où son "carrosse" cale. Apolline actionne

le démarreur : rien. « Arrrghhh ! » Machinalement, elle consulte sa

montre : minuit. En soupirant, elle sort de sa voiture pour ouvrir le

capot quand un homme jeune, à la chevelure bouclée, pieds nus,

vêtu d’une courte jupe blanche à l’antique et d’une étole également

blanche jetée sur une épaule, apparaît soudainement :

Bonsoir, dit l’homme à la jupette, je suis Calypsis. C’est moi qui

viens de t’éviter une chute fatale.

Ah ! peut seulement articuler Apolline, complètement interloquée,

pensant à une blague, tout en notant qu’avec l’air glacé de la nuit,

le jeune homme va rapidement mourir de froid.

En fait, je suis un demi-dieu, et je t’observe depuis ta naissance.

Au fil du temps, je suis tombé éperdument amoureux de toi.

Ma foi, vous faites pas votre âge ! répond Apolline, supputant

toujours un canular, au moment même où elle réalise qu’il est

impossible que cet homme sache qu’elle a failli se fracasser et

se rendant compte avec effarement que le décor a changé, sa

voiture disparu et qu’elle se trouve à présent devant un somptueux

palais de marbre blanc entouré d’arbustes aux odorantes fleurs

chatoyantes où volètent des oiseaux multicolores.

Je suis immortel, je n’ai pas d’âge, rétorque le demi-dieu en

souriant, mais toi, tu es si seule…

J’suis pas seule, j’ai une fille de dix ans.

Oh ! des enfants, nous en aurons d’autres. Maintenant, laisse-moi

te donner un baiser et plus aucun tracas, tu deviens immortelle.

La tête qui tourne, les jambes flageolantes, totalement troublée,

envoûtée, Apolline ferme les yeux. L’immortalité, désir ultime de l’humanité.

Autour d’elle les oiseaux gazouillent :

Aucun tracas aucun tracas immortelle immortelle…

Elle rouvre les yeux, le demi-dieu bouclé si séducteur s’est

rapproché à la toucher. Incontestablement Calypsis a un magnifique

corps d’athlète, un regard noir et profond comme un lac de

montagne et un sourire tentateur :

Embrasse-moi, une seule fois et adieu ton travail, tes soucis

quotidiens, les maladies, les accidents, la vieillesse, la mort.

Un baiser et l’éternelle jeunesse est à toi.

Callypsis se penche vers elle, ses lèvres ne sont plus qu’à quelques

millimètres.

Non, hurle Apolline en le repoussant si brutalement qu’elle

arrache au passage un bout de l’étole du dieu. Non, j’en veux pas

de ton immortalité. Je veux retrouver ma fille, mes parents et mon frère.

Je veux revoir mes amis, mon appartement et mon chat. Je veux

récupérer ma voiture et mes emmerdes. Et puis… tu es ridicule avec ta

jupette ! A la rigueur, si elle était à plis et écossaise !

 

Alors, à nouveau, elle se sent soulevée mais, cette fois, comme par

un violent vent en colère et dans une sorte de rugissement. Et la

revoilà dans sa voiture, toujours stoppée devant la place de Malte ;

Calista toujours endormie sur la banquette arrière. Machinalement,

elle jette un coup d’œil à sa montre : minuit sept.

« J’le crois pas, me suis m’assoupie quelques minutes… mais quel rêve

étrange ! »

Apolline actionne la clé de contact, la petite auto démarre. Á ce

moment-là, elle aperçoit, accroché à son bracelet, un fin morceau

de lin blanc.

 

 

 Jeannine Anziani

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