Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 07:13

Penser ne pas penser
Penser ne pas penser
Mais les soucis insistent et les problèmes persistent
Il serait temps vraiment de prendre un peu le temps
D'aller là-bas...

Car

 « S’il est impossible de ne pas penser à quelque chose, il reste encore possible de penser à autre chose » (Lewis Carrol)


Il est un bassin…
 

 

Il est des lieux, il est des gens. Existerait-il des gens sans lieux ?

Existerait-il des lieux sans gens ?

 

Il est un chemin serpentin entre chênes, ronces et arbres aux noms inconnus qui  monte doucement vers les hauteurs d’un parc et un bassin jouant à se camoufler derrière des frondaisons. Mais avant d’arriver à la Place de la Paix Absolue, une tonne de choses à envoyer balader, la valise à boucler, la maison à fermer.

Quand l’échappée vers l’oubli du Moi a-t-elle véritablement commencé ? Au moment de monter dans le premier train, le second train, le car desservant plusieurs villages, la multitude de marches à monter…

Ou alors tout à coup au détour du sentier quand je me suis arrêtée au bord du bassin ?

Ou je suspens mon pas, où je respire tout bas avant de reprendre une marche nonchalante autour du vaste bassin sinueux où je m’immobilise enfin, déjà apaisée, près d’un bosquet. Et voilà l’eau, lisse, plate, tranquille, sereine. A l’image de ses habitantes : de grosses et lourdes carpes koï de toutes les couleurs, lisses, plates, tranquilles, sereines dans leur nage lente.

Eau sombre où se reflètent les nuages qui dérivent dans le ciel, où se réfléchissent les branches des arbres qui l’entourent. Toutes choses que la surface liquide, mouvante ne prendra pas, se contentant de les regarder passer.

Laisser les pensées s’effilocher au fil de l’eau comme ondoient au cours de l’eau les carpes noires, rouges, blanches, striées, tachées. Pas une pareille à l’autre. Pas une, jamais. Toutes différentes et pourtant si semblables dans leurs tours et leurs détours.

Maintenant Messieurs mes désirs, voici venu le temps de laisser mourir tous vos soupirs.

Maintenant comme il est écrit sur la pancarte de bois accrochée au tournant menant au bassin vient le temps d’entrer dans le silence, silence.

 

Clapotis. Murmure du vent léger.

Gazouillis. Cris d’oiseaux.

Craquements. Bruissements.

 

Soudain, un bruit de pas. Un promeneur. Chut, juste échanger un sourire entre quelques regards froissés.

 

Sur un des côtés de l’esplanade où s’immisce l’étendue d’eau, la vue donne sur la vallée. Je m’approche dans les grondements sourds et lointains des camions et des  voitures passant probablement à toute allure là-bas tout en bas sur la route grise, pour regarder comme perdues dans un autre monde, quelques bâtisses plantées en plein champs.

Je reviens vers le bassin. Encore un peu… m’attarder… en m’asseyant sur un des bancs de pierre disposé pertinemment sur une des rives par des mains d’hommes pour le bien-être d’autres hommes. Je tombe dans la quiétude. Gratitude.

 

A la surface du bassin, parcelles de beauté éparpillées par un hasard au goût exquis, des lotus à la dérive, instantanés de perfection que déjà viennent troubler une caravane de feuilles mortes, une ronde de fleurs fanées et les rides provoquées par l’air et les légers courants.

Carpes, ciel, nuages et mon reflet dans l’eau. Une image pour partir en voyage… « de l’autre côté du miroir »*. Si peu profonde pourtant cette onde invitation à plonger au-dedans de soi, en deçà du temps qui traîne nos peines, pareil aux nuages qui se mêlent et se démêlent, semblable au temps qui glisse comme les carpes lisses.

Méditation.

Trois carpes sacrées à la réelle majesté. Quatre nuages qui surnagent. Des ombres traînantes, rasant les bancs, les pierres, le bassin.

Zut une pensée. C’est pas gagné !

 



(Paru dans le N°71 de Filigranes « Au prétexte de lieux communs»

* Lewis Carroll


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Ut 06/10/2009 08:08


Se perdre soi-même pour mieux se trouver.
Magnifique texte!
Bonne retraite à toi, paisible et bruissante de tes silences; en reflets ou en profondeurs d'eau, peu importe.


Blog Ribambelle D'écritures

  • : LEMONDEPHILOMENE
  • LEMONDEPHILOMENE
  • : Ecritures, lectures, autres slams et divagations par Jeannine Anziani alias Philomène
  • Contact

Profil

  • Philomène
  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !

Ouvrages parus

!cid 784A2A53-C404-499D-B6DE-691DD5C21D7B@home

 Phocette, la petite souris marseillaise (Editions de l'Hippocampe)

 

Recherche