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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 04:03

Samedi était un soir slam aux Argonautes. La première session venait de commencer quand j'ai vu arriver Richard Richard avec femme et enfants. Richard Richard est un pote de Filigranes et du GFEN.
A la fin de cette première session, nous nous sommes mis à discuter et c'est à ce moment-là que son fils de dix huit ans me dit :
- Ah, je suis un peu déçu, je ne croyais pas que c'était ça du slam ! Ce soir ce que j'ai entendu c'est de la poésie avec des rimes... (et sans musique...)
J'ai envie de rire. Je me rappelle une discussion avec Marie-Christiane (Filigranes toujours) qui tenait les propos absolument inverses :
- Le slam ce n'est pas de la poésie !
Comme quoi...

Mon point de vue est que le slam est seulement une nouvelle forme de poésie. Une poésie vivante, en quelque sorte descendue dans les rues et qui s'est engouffrée là où elle n'avait plus droit de cité. Le slam est un droit de réponse poétisé à la société. Pour certains cette poétique est haine transformée en poème, de la violence qui danse sur des mots. Pour d'autres juste une manière de dire le quotidien dans un certain tempo audible par tous.
Alors poésie ou pas cette nouvelle forme d’expression ? Ne vaudrait-il pas mieux dire : il y a du bon et du mauvais slam, comme coexiste de bons et de très mauvais poèmes, des chansons magnifiques et des débiles, des romans inoubliables et des inutiles…
 

La poésie dans l’antiquité était différente de celle des troubadours du Moyen Âge, les poètes d’aujourd’hui ne s’expriment plus à la façon de François Villon, les vers de René Char n’ont plus rien à voir avec ceux de Baudelaire. Quand Prévert a publié ses premiers textes, d’aucuns se sont récriés, les poèmes d’Alan Ginsberg ont provoqué des tollés…  J’en connais qui sont très sceptiques par rapport aux haïkus… Au fait… qui écrit encore des sonnets ?

Mais pourquoi aurait-il fallu mettre l’étiquette "réservée" sur le mot "poésie", la confiner  stérilisée à tout jamais, l'enfermer dans une tour d'ivoire au sommet d'une montagne accessible seulement à une élite érudite connaissant sur le bout de ses dix doigts son historique ?

Pourquoi la poésie ne passerait-elle pas par des chemins différents ? Depuis ce magnifique texte poétique considéré comme le premier écrit du monde : « L’épopée de Gilgamesh  »  la poésie n’a fait qu’évoluer, changer, se vêtir d’habits différents.

L’inquisition a condamné Galilée : « et pourtant elle tourne… »


Je pense à ce texte sur Le Plaisir de Khalil Gibran qui pourrait s’appliquer au cas présent :

… « Comment distinguer dans le plaisir ce qui est bon de ce qui ne l’est point ?

Allez donc apprendre dans vos champs et vos jardins ce qu’est le plaisir de l’abeille qui butine le miel de la fleur.

Mais aussi le plaisir de la fleur qui offre son nectar à l’abeille.

Car pour l’abeille une fleur est source de vie, comme pour la fleur une abeille est messagère d’amour.

Et pour les deux, abeille et fleur, donner et recevoir du plaisir sont un besoin et une extase. »…

 

J'ai même lu un article où l'auteur écrit que les slameurs rejettent la poésie classique. Faux, ils s’y réfèrent souvent. Le slameur ne rejette rien, il cherche autre chose. Cette querelle qui oppose le Slam à la Poésie me fait penser à tout ce qui a toujours divisé les anciens et les modernes ; à la querelle d’Hernani, à Carmen sifflée à l’Opéra, à Brassens ou Renaud à leur début…

Quant à "la performance", au désir d’ego, mis en exergue dans ce même article, j’aurais plutôt tendance à dire comme les enfants « c’est celui qui dit qui est ».

L’ego, l’ego, mais qui n’a plus d’ego sur cette terre, à part quelques sages ?

Et le désir, le désir d’ego, oh, c’est vrai, il n’existe pas chez les poètes classiques, pas plus que chez les romanciers !

Pour qui écrit celui qui écrit ?

Pour lui, pour le fond de son tiroir ?

Assez rare !

Celui qui écrit, écrit pour être lu, pour être dit. Ce qui me frappe le plus dans l’univers du slam s’apparenterait plutôt à une soif intense de prise de parole, de revendication d’un droit à la poésie, de fierté d’y arriver.

Il faut une bonne dose de courage pour oser affronter un public mais pas d’ego. Le désir de reconnaissance est là, évidemment, il est présent aussi chez le poète qui publie…

 

Enfin affirmer que le slam participe à la régression culturelle ambiante comme je l'ai également entendu dire, mais j’ai bien peur que cela soit une erreur monumentale, une méconnaissance totale du phénomène. Parce que c’est tout le contraire qui se produit. C’est par le biais de cette écriture justement que les slameurs débutants vont découvrir tous les aspects de la poésie, travailler sur la langue et le langage, perfectionner leur style, participer à des ateliers, découvrir des auteurs comme Jean Tardieu...

Et pourquoi le thème des textes ne devrait-il pas être inspiré par le quotidien ? Jacques Prévert, Boris Vian et avant eux Verlaine (pour moi un slameur avant l’heure) pour ne citer qu’eux (la liste est trop longue) ont-ils écrit des poèmes totalement abstraits ?

Si « la poésie c’est le lieu où commence l’autre côté » (Roberto Guarros) ce lieu, allons-nous le garder si petit, si rétréci ? Pourquoi mettre le slam dans un autre lieu. Il suffit d’agrandir le lieu. De changer de focale. Cet autre côté… est un autre côté, il est AUTRE ! Et l’autre est différend (Swami Prajnanpad).

L’autre côté, autre… et à côté.

C’est cela qui est intéressant justement.

Oui, nous sommes tenus de faire des mots ce que personne n’en fait. C’est exactement encore une fois ce que font les slameurs.

Je reconnais volontiers que c’est fait… plus ou moins bien, le meilleur côtoyant  le pire, comme dans tout genre artistique !

En conclusion, je dirai :

et si le Slam était comme un laboratoire de poésie expérimentale ?  

Maintenant, si d’aucuns pensent que le slam n’est pas de la poésie, c’est leur droit et leur problème mais l’univers du slam n’est pas un "univers destructeur de la parole et du sens" (J.M. Bongiraud). C’est à mon avis seulement un univers libre, une terre vierge, serait-ce en cela qu’il angoisse certains ?

Enfin il serait réellement dommage d’enfermer La Poésie entre 4 murs, même couverts de nacre, de rubis, de diamants, elle vaut mieux que ça !

 

 

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Published by Philomène - dans Billet d'humeur
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