Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 17:54

Les couloirs d'un hôpital, une adorable petite-fille en robe blanche de dentelle sous un panama, un garçon et sa voiture en panne, un verre de rosé bien frais, des rondelles de poivron marseillais, un peu de hummous, des espagnols en déroute à la recherche d'un sommier et un mail de Nicole sur la maladie d'Alzheimer. Quelle journée !
Les paroles de Colette Roumanoff, ci-dessous, peuvent se transposer et nous concernent tous. 

VIVRE HEUREUX AVEC ALZHEIMER ?

   

Hôpital Bretonneau, jeudi 4 mai 2009


Ce texte a été retranscrit à partir d'une Vidéo ...Il  a été conservé le ton spontané et animé des intervenants qui partagent, avec l'auditoire, leur expérience vécues dans le quotidien.

Sur l’initiative du Docteur Brunat, avec Daniel et Colette Roumanoff

- Docteur Brunat :

"Merci de venir bousculer nos convictions quelquefois savantes mais quelquefois"……….. 

 - Daniel Roumanoff :

"Ce que je ressens, c’est une sorte d’ouverture et dans cette ouverture, il y a les informations qui viennent, donc j’accepte ces informations qui viennent… et ça, quels que soient les gens que l’on rencontre c’est une ouverture corporelle. Ce n’est pas que l’on s’attache, ça vient tout seul, on ne cherche pas, c’est simplement une manière de…comment dire…de s’abandonner, de se relâcher et faire venir la réponse. Et quand je suis cette réponse, je me porte bien. Quand la maladie a été diagnostiquée, on m’avait dit, on avait dit à ma femme : « On ne peut plus le laisser aller tout seul dans la rue, parce qu’il ne va pas retrouver son chemin… »
C’était une position rassurante pour protéger le malade qui risque d’être perdu. Mais en utilisant ce ressenti corporel que je sens lorsque je marche dans la rue quand je dois aller faire des courses, cela me guide et cela me permet de retrouver le chemin… le chemin de l’endroit où je veux aller… C’est un fait que quand je fais les courses, je sens la qualité des produits qui me sont proposés dans les marchés ; à savoir que quand je fais les courses pour ma femme, je choisis les produits qui généralement sont très bons. Comme si j’avais une sorte de perception directe de la qualité des produits…

Moi, le sentiment que j’ai, c’est que c’est à la portée de tout le monde.

C’est à dire qu’il faut d’abord accepter la chose et puis laisser la chose se produire…. ça vient tout seul.
- Colette Roumanoff :

« il faut aller chez le cordonnier…

- il me dit : Quel cordonnier ?

- rue de la Terrasse

- Quelle rue de la Terrasse ?

A ce moment là, je lui dis : oui, tu sais, à côté de cette dame qui aime beaucoup le théâtre et tu lui as déjà donné une invitation.

- Ah oui ! Je vois. 

- Colette :

Il va chez le cordonnier sans se tromper mais ce n’est pas parce que c’est la rue de la terrasse, c’est autre chose. Pour moi, c’est très important de distinguer dans la maladie, la mémoire, l’intelligence et la sensibilité, ce sont trois domaines différents ; la maladie, ça ne touche pas l’intelligence ni la sensibilité. Au contraire la sensibilité se développe.


ÊTRE DE BONNE HUMEUR

 

 : Je pense que c’est toujours un peu les relations qui font les repères, plus que la rue. Le côté de la relation, le côté de la personne. C’est la confiance en soi… c’est très important. Parce que quand Daniel dit qu’il s’ouvre pour avoir ce ressenti corporel, ce qui est certain c’est qu’il a confiance dans son ressenti…
A un moment donné, je lui disais : … La chose qui me paraît la plus essentielle, c’est que dès le début de cette maladie j’ai attaché une grande importance au ressenti corporel. En fait, c’est une chose qui d’après moi, d’après ce que j’ai pu voir, est assez peu connue ou acceptée ou utilisée… et pour moi, c’est devenu la chose la plus importante. On est face à quelqu’un, face à une personne, face à une communauté de gens et on a des sensations qui se développent, qui apparaissent, dans lesquelles on se sent à l’aise ou non avec cette personne ou pas.
C’est aussi, par exemple, la sensation corporelle que l’on peut avoir vis à vis d’un médecin : « Est-ce qu’on lui fait confiance ou pas… est-ce qu’on ne lui fait pas confiance pour son diagnostic ? »
« On vous remercie pour votre confiance ; parce qu’aujourd’hui encore, il n’est pas simple de
parler de l’Alzheimer. L’Alzheimer, cette maladie qui est stigmatisante, synonyme de retrait social et pour certains de mort psychique. Ces idées sont encore, parfois, largement partagées dans la conscience collective… et je crois que quelques fois elles sont encore bien présentes parmi les professionnels de santé.

 

Dans le court terme de cette maladie, le fait d’être heureux ou d’être de bonne humeur…tous les jours, c’est vraiment… heureux. On ne peut pas s’offrir le luxe d’être de mauvaise humeur ou de se laisser envahir par les soucis, il faut vraiment…

Cela m’a paru fondamental et très important que cette bonne humeur soit présente tous les matins au petit-déjeuner, puis tous les soirs… enfin toute la journée quoi !

Donc on se dit, voilà, une chose nouvelle arrive… il en arrive tous les jours des nouvelles… on se dit : comment faire ? Est-ce que, soit j’arrive à trouver comment faire pour me débarrasser de ce qui est désagréable ou j’essaie de le contourner ou j’essaie de l’apprivoiser mais je n’ai pas tellement d’autre solution… parce qu’on ne peut supprimer comme ça par enchantement un truc qui vous est désagréable.
Ce qui est important, c’est que toutes les modifications qui sont apportées par la maladie ne gênent pas la relation. C’est à dire toutes les choses qui ont un rapport, avec l’espace, le temps, la mémoire… avec tout ça. Il faut arriver à créer un environnement qui fait qu’on n’est pas gêné : la maladie, elle est là, on le sait, elle est là comme cette feuille est là sur cette table mais bon ! Elle a sa place, on lui donne sa place, la place qu’elle a, mais pas plus que la place qu’elle a, mais pas moins que la
place qu’elle a. On lui donne exactement sa place.

 

AVOIR UN BUT DANS LA VIE


On ne vit pas juste pour vivre, un être humain vit pour quelque chose, on vit dans un but quelconque, on ne vit pas juste pour vivre. Et si on dit à quelqu’un : « je te donne les moyens de vivre et basta  » ça ne donne rien du tout. Donc on ne vit pas seulement pour vivre, il faut se demander chaque fois pourquoi on vit. Et pour Daniel, c’est certain, ce qui est très important, c’est l’écriture de ses livres. Donc il a écrit beaucoup de livres sur le maître indien qui est devenu le nôtre. Pour lui, c’est très important de continuer ce travail d’écriture. Ce mois-ci, il y a deux livres qui viennent d’être imprimés chez Albin Michel. Donc, pour lui, c’est très important qu’il puisse continuer à s’exprimer et à vivre sa vie…et à ce moment là tout est parfait. Parce que le reste ce sont des choses, des gênes qu’apportent la maladie et qu’on peut arriver à vivre avec de l’invention, de l’astuce, de la créativité … il en faut.

   

ACCEPTER CETTE MALADIE

  

Si on a de la maladie une idée très négative, on n’a pas envie de l’avoir. Mais il faut comprendre que cette maladie, elle n’est pas négative, en fait, il faut lui donner un aspect moins méchant parce que sinon, vous n’avez pas envie de dire oui. Au départ, Daniel avait l’impression que quand il prenait les médicaments, ça lui donnait la maladie…il faut passer par-là aussi. Il faut l’accepter et on ne peut l’accepter que si l’on n’en souffre pas. Au début, il se perdait dans la rue à côté de la maison et puis après il a appris justement avec son truc, avec sa façon de faire à se perdre et à se retrouver, donc à ce moment là il n’est plus gêné.


LA GEOGRAPHIE DE LA MALADIE
 

Je n’ai pas de théorie. Cette maladie, je ne la connais pas, je ne suis pas un médecin. Pour moi, c’est une espèce d’archipel, avec des îles, des récifs, des trous qui sont disposés de façon très très bizarroïde, donc qui ne doivent pas être pareil avec chacun. Donc il faut montrer à la personne comment elle peut circuler entre les difficultés, donc elle peut faire un certain nombre de choses même très compliquées pour quelqu’un d’autre, qu’elle peut les faire, c’est ça qui donne confiance.

Si vous voyez que vous arrivez à faire quelque chose, ça vous donne confiance ; si vous voyez que vous n’arrivez pas à faire quelque chose ça vous démolit.

Donc il faut proposer à la personne de faire une chose qu’elle arrive à faire. Par exemple dans le travail que Daniel voulait faire à un moment donné, il recherchait les originaux anglais des citations de Sw.Prajnanpad qu’il avait en français. C’est un travail qu’il s’est entêté à faire, pour lui, c’était très compliqué parce qu’il fallait se souvenir, aller chercher, c’était trop difficile. Donc, en fin de compte, il patinait dans ce truc. Par contre maintenant il fait quelque chose, il traduit un livre de l’anglais en français. Quelqu’un le tape à l’ordinateur et ça se passe à merveille. C’est quelque chose qu’il peut faire maintenant. Il a conservé toutes ses langues, l’anglais, le russe, l’allemand.

Il peut faire énormément de choses, plein de trucs, donner des leçons d’anglais, je ne sais pas moi. Il faut savoir ce que la personne peut faire. Ce n’est pas parce que quelqu’un ne peut pas faire quelque chose qui peut paraître simple à quelqu’un d’autre qu’elle ne peut pas faire des choses très compliquées. Oui, il peut aller plus loin dans la relation, faire des choses. Par exemple, quand Daniel parle ou écoute une de ses filles, il peut aller plus loin que là où moi je peux aller… et il ne va forcément se rappeler du nom du mari de notre fille. Il me dit : « Comment s’appelle le mari de notre fille ? » ; je lui dis : « il s‘appelle comme ça. »
Qu’est-ce que ça peut faire !

Donc ce n’est pas parce qu’on ne peut pas faire des choses simples qu’on ne peut pas faire des choses compliquées. Et ce qui donne confiance, c’est d’arriver à faire des choses, de voir qu’on y arrive bien.

Moi, quand j’ai des problèmes je demande conseil à Daniel et il me donne des conseils absolument fabuleux. Et ça c’est important… c’est important. Après, ça dépend de chaque personne, comment elle est faite. Les gens, vous savez, ont beaucoup plus de possibilités que l’on croit… tout le monde, tout le monde. On ne se sert pas de son cerveau, on ne se sert que d’un petit morceau. Il y en a beaucoup, beaucoup de tout petits morceaux. On ne se sert pas de toutes ses possibilités, de ses talents.


Colette et Daniel Roumanoff s’appuient sur l’enseignement de Swami Prajnanpad pour gérer les difficultés quotidiennes liées à la maladie d’Alzheimer. Deux livres écrit par .D.Roumanoff viennent d’être publié chez Albin Michel : un maître contemporain et A.B.C.de la sagesse.

Partager cet article

Repost 0
Published by Philomène - dans Infos
commenter cet article

commentaires

Blog Ribambelle D'écritures

  • : LEMONDEPHILOMENE
  • LEMONDEPHILOMENE
  • : Ecritures, lectures, autres slams et divagations par Jeannine Anziani alias Philomène
  • Contact

Profil

  • Philomène
  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !

Ouvrages parus

!cid 784A2A53-C404-499D-B6DE-691DD5C21D7B@home

 Phocette, la petite souris marseillaise (Editions de l'Hippocampe)

Recherche