Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 11:27

 

Pour s'endormir, le soir, au creux du lit, il y en a qui comptent des moutons, d'autres qui auparavant ont ingurgité quelque somnifère, moi, quand le sommeil ne vient pas, ce sont des textes qui me reviennent à la mémoire et que je me récite pour m'évader... C'est étonnant, parce que souvent ce sont des textes appris dans l'enfance et ils sont là, si vivants... Et puis j'ai mes préférés ! Tenez, écoutez ce tendre Alphonse Daudet qui parle si bien de mon pays...

 

Provence-064.jpg

 

Installation

Ce sont les lapins qui ont été étonnés !... Depuis si longtemps qu'ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d'opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des lapins... La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de lune... Le temps d'entrouvrir une lucarne, frrt !
voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières blancs qui détalent, la queue en l'air, dans le fourré.
J'espère bien qu'ils reviendront.
Quelqu'un de très étonné aussi, en me voyant, c'est le locataire du premier, un vieux hibou sinistre, à la tête de penseur, qui habite le moulin depuis plus de vingt ans. Je l'ai trouvé dans la chambre du haut, immobile et droit sur l'arbre de couche, au milieu des plâtras, des tuiles tombées. Il m'a regardé un moment avec son œil rond ; puis, tout effaré de ne pas me reconnaître, il s'est mis à faire :
" Hou ! Hou ! " et à secouer péniblement ses ailes grises de poussière; - ces diables de penseurs! ça ne se brosse jamais... N'importe ! tel qu'il est, avec ses yeux clignotants et sa mine renfrognée, ce locataire silencieux me plaît encore mieux qu'un autre, et je me suis empressé de lui renouveler son bail. Il garde comme dans le passé tout le haut du moulin avec une entrée par le toit ; moi je me réserve la pièce du bas, une petite pièce blanchie à la chaux, basse et voûtée comme un réfectoire de couvent.
C'est de là que je vous écris, ma porte grande ouverte, au bon soleil.
Un joli bois de pins tout étincelant de lumière dégringole devant moi jusqu'au bas de la côte. À l'horizon, les Alpilles découpent leurs crêtes fines... Pas de bruit...

 

Alphonse Daudet

(13/05/1840 - 16/12/1897)

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Philomène - dans Chez les poètes
commenter cet article

commentaires

Lilibeth 21/10/2010 22:22


me souviens de ce texte là et un de mes premiers mots compliqués : stratégique. Mes moments d'insomnie ne m'amènent ni mouton, ni lapin et encore moins de texte. Rien ! Alors ça tombe bien, je
ferme les yeux et fais le vide. Parfois ça marche ...


Philomène 23/10/2010 15:50



Hé ! Chacun, chacune sa méthode !



Blog Ribambelle D'écritures

  • : LEMONDEPHILOMENE
  • LEMONDEPHILOMENE
  • : Ecritures, lectures, autres slams et divagations par Jeannine Anziani alias Philomène
  • Contact

Profil

  • Philomène
  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !

Ouvrages parus

!cid 784A2A53-C404-499D-B6DE-691DD5C21D7B@home

 Phocette, la petite souris marseillaise (Editions de l'Hippocampe)

Recherche