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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 10:04

Vendredi 8 mars à 17 h à l'Alcazar - cours Belsunce - Marseille, une "balade littéraire et musicale en plein coeur  d'une architecture oubliée" était proposée par l'association Gratte-Semelle Rouca's Pieds en partenariat avec l'Espace Régional.

Sous la direction d'Yves Gauthey Du slam à S. Vincent de Paul , un voyage poétique a embarqué plus de deux cent spectateurs dans un remarquable diaporama sous les magnifiques notes de musique du pianiste Clément Tardivet et les textes d'Yves, Dominique Lombardi, Sylvie Salicetti, Annie Skrhak et moi-même... Alcazar---Rocailles-001.jpg

La Villa Costa

Villa-Costa-007.jpg

Voyons... voyons, j'ai beau cherché dans ma mémoire, je ne me souviens plus de la saison. Était-ce en hiver, en été... bah ! quelle importance... ce qui est certain, cette première fois, c'est que je l'ai regardé... par-dessus l'épaule,un peu négligemment et la tête ailleurs ! Cette façade tarabiscotée, franchement, était carrément démodée, pfttttttttttttt ! une décoration dépassée, d'un genre douteux, un brin vulgaire.

Se méfier des premières entrevues. Car l'habit ne fait pas le moine et les façades dédaignées se mettent un jour à vous parler et vous à les aimer.

Elle et moi.

Elle, ma voisine depuis un quart de siècle à présent, c'est "La Villa Costa" aux rocailleuses devantures. Que j'ai appris à voir. Côté nord, côté est. De la rue, de mon jardin.

Voir, découvrir, s'ouvrir. Aux choses inconnues, méconnues. En l'occurence à cet art ignoré et longtemps méprisé : la rocaille, cette architecture rustique des cimentiers marseillais. Alors, approfondir sa première émotion. A défaut d'aimer d'emblée, chercher à comprendre. Comment, pourquoi.

Comment ? Petit saut dans le temps, fin XIXème exactement. Un nouveau matériau voit le jour, un ciment qui possède des qualités plastiques et une rapidité de mise en œuvre remarquable. C’est ainsi que ce ciment inédit va servir à orner et transformer des pavillons de banlieue en simili palais. Afin, quelques décennies plus tard, que je puisse rêvasser devant le fronton nord de la Villa Costa, sur lequel un grand navire, voiles gonflées par le vent, est en partance… pour l’Afrique ou les Amériques.

Mais non, suis-je sotte, sa proue est dirigée vers le levant, il s’en va au Japon.

C’est pratique, les jours de défaite, il me suffit d’embarquer à bord pour m’évader…

Mais, me direz-vous, à propos d’évasion, je n’ai pas répondu à la question : pourquoi à Marseille ?

En réalité, le phénomène s’est répandu, à son âge d’or, dans tout l’hexagone mais c’est effectivement dans la cité phocéenne et ses environs qu’il a atteint son apogée.

L’explication est simple, c’est Joseph Méry qui la donne en 1860 dans "Marseille et les marseillais" : «… en aucun autre lieu au monde on ne voit une aussi grande agglomération de maisons de plaisance ».

Et justement, la vocation initiale de la Villa Costa la vit en résidence d’été.

 

Désormais, depuis plusieurs décennies, la voici habitée à temps plein et portant toujours fièrement sa parure. Or, voyez un peu comme le hasard fait bien les choses, son propriétaire actuel, maçon à la retraite de son état, s’est initié à cet art étonnant de la fausse pierre et du faux bois.

Voici donc la belle bâtisse regagnant reliefs et couleurs à ses délicats feuillages. D’un côté, décors d’essences exotiques : fleurs aux pétales rouges teintés dans la masse, bananiers, ficus, palmiers ; de l’autre, plantes méditerranéennes qui se poussent du col, clochettes bleues de volubilis...

Tellement de légèreté dans les dessins que je me prends à songer : l’artisan originel aurait-il pris un pinceau effilé pour obtenir un tel résultat ? Evidemment non ! Le travail s’effectuait avec des outils de sculpteur.

Plume ou stylet, c’est une farandole arbustive qui tourne et retourne sur la façade est de la grande villa. Tous les soubassements des fenêtres, sans exception, sont soulignés de troncs d’arbres tandis que les portes et les portes-fenêtres s’enguirlandent de pins, chênes-lièges, bouleaux, érables…

Certes, on a le droit d’aimer ou pas ce style si particulier, mais devant la finesse et la délicatesse des motifs de cette demeure, qui oserait encore soutenir qu’il ne s’agit pas là d’un art véritable ?

 

Voilà pourquoi, dans nos temps troublés, à l’avenir incertain, à défaut de savoir où nous allons, efforçons-nous au moins de déchiffrer, protéger et restaurer ce patrimoine que nos ancêtres nous ont légué. Ne pas perdre notre mémoire synonyme de  liberté.

La Grande Histoire a malheureusement démontré que certains commencent par détruire les monuments… avant de s’en prendre aux hommes.

Ces rocailles, simples et naïves, modestes et fragiles traces ornementales, sachons les préserver, apprenons à les apprécier, les estimer, défendons-les. Elles sont notre héritage, elles font partie de la petite histoire des marseillais.

Jeannine Anziani 

Villa-Costa-012.jpg

 

 

 

 

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Published by Philomène - dans A Marseille
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