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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 10:01

 

C’est un vase vert qui joue les potiches ! Il trône dans le grand salon d’un hôtel de Menton.

Difficile de faire plus kitsch.

 

Menton-001.jpg

 

A vous avouer, pas franchement le style d’objet que je mettrais chez moi (déjà faut avoir la place) ! Mais, en même temps, un truc assez fascinant, vestige d’une époque révolue.

Je l’ai pris en photo sans vraiment savoir ce que j’en ferai. Puis j’ai pensé au potier qui l’avait crée, probablement dans les années 1900.

Et j’ai imaginé une histoire…

 

Le potier avait une épouse : totalement ravissante et assez volage ! En fait, non, pas volage, seulement aguicheuse, allumeuse, ne se lassant jamais de voir ses charmes agir, les hommes fascinés par son regard myosotis, ses boucles blond vénitien, son teint diaphane et sa taille de guêpe.

La belle était frivole mais fidèle.

Jusqu’au jour où un aristocrate russe frôlant les deux mètres, à la carrure athlétique et aux profonds yeux noirs vint s’installer dans la petite ville où elle résidait avec son potier de mari.

L’artiste et sa femme menaient une vie assez mondaine ! En vérité, le potier était apprécié des notables de sa cité et des environs. De ce fait ils étaient souvent convié à des dîners d’apparat. On pouvait se poser la question :  la beauté et la grâce de la jeune femme avaient-ils une incidence sur les invitations ? Tel un chef d’œuvre exposé, la trop charmante provinciale avait certainement sa place au milieu du décorum d’un souper !

En tout cas, c’est lors d’un de ces repas que la Vénus et le russe firent connaissance et qu’à quelques temps de là, la belle succombait…

 

Les amants eurent beau user de stratagèmes pour se voir en cachette, la ville était petite, les gens médisants et le potier finit par apprendre son infortune.

L’homme fut malheureux, néanmoins toujours éperdument amoureux de son infidèle. D’autre part, dans son malheur, une chose le rassurait, la potière et le noble faisaient partie de deux mondes qui ne se mélangeaient qu’au lit !

A la fin des fins, c’est lui qui garderait son adorable coquette. Il suffisait de prendre son mal en patience…

Sauf que les mois passaient et que l’idylle entre sa gracieuse épouse et l’aristocratique russe continuait…

Le potier s’impatientait, les gens se moquaient : un cocu même magnanime reste un cocu, notre homme décida d’agir.

Mais le potier, vous l’aurez déjà deviné, était un brave gars. Pas de vengeance brutale, de meurtre ni de guet-apens prévu pour le russe. Il devait trouver une autre idée...

Or, il se trouvait qu’il était en train de façonner une série de grands vases pour un palace de Menton.

Un matin, tout en travaillant des motifs sur un des pots, l'artisan sut ce qu'il devait faire. Il pensa très fort à ce diable de russe qui lui volait sa bien-aimée. Un diable, justement, voilà ce qu’était ce maudit russe, un diable.

 Menton-002.jpg

 

Sitôt pensé, sitôt inventé, le potier sculpta la face d’un diable tout en le maudissant et s’écriant :

- Va-t’en d’ici damné russe, va où tu voudras mais va-t’en d’ici pour toujours !

Restait à donner une couleur à la poterie, il pensa à du vert, couleur de l’espérance… puis, les poteries cuites, la commande fut livrée.

Un mois plus tard le noble russe quittait la petite ville, ses affaires l’appelaient à Genève…

On ne le revit jamais.

 

La ravissante potière pleura en cachette, refusa quelques soupers, perdit quelque couleur sur ses jolies joues. Et puis, un soir, elle regarda son mari et lui sourit. Elle savait parfaitement la patience que l'homme avait déployé à son égard.  Quelle plus grande preuve d'amour aurait-il pu lui offrir ?

Aussi, à partir de cet instant, elle décida de ne plus se consacrer qu’à son potier de mari et aux petits potiers qui naquirent quelques temps plus tard.

 

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Published by Philomène - dans Des histoires
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