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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 05:58

Vacances obligent, j'ai gardé Petit-Fils cette semaine.
Avant-hier nous sommes allés au ciné voir un film admirable que je vous recommande : Ponyo sur la falaise. Des images magnifiques, une palette infinie de couleurs, une histoire poétique, un vrai régal.

Las hier, voulant lui faire plaisir... nous sommes allés manger à midi dans cet endroit que je ne définirai pas comme restaurant, que je ne nommerai que par 2 initiales : M... D.
Vous avez remarqué : M . . .D .
Comme                         MERDE !

 

Alors est-ce que je ne suis qu'une vieille schnock pas dans le coup ? Possible après tout ! Mais qu'est-ce que ça veut dire être dans le coup ?  
Bon, dans le coup ou pas, je vais tout de même vous livrer le fond de ma pensée. Et bien je pense que ce lieu où des gens avalent plutôt plus en vitesse que moins des choses tellement insipides qu'ils sont obligés de les noyer sous du ketchup, de la mayonnaise ou des sauces oranges fluo et gluantes comme de la bave d'escargot, est typique de ce qu'est en train de devenir notre société inconsciente de ses actes.
A commencer par celui de se nourrir mais pas n'importe comment.
Donc maintenant on fait la queue de l'uniformité pour obtenir un goût faussé, un bruit d'enfer dans un décor sinistre. On avale sans se poser de questions sur ce qu'on vous fait avaler... dans l'instabilité environnante la plus totale : les enfants ne restant pas à table mais se lèvant le plus vite possible pour aller jouer.
Pour moi c'était l'horreur. Las apparemment je crois être bien seule dans ce cas... avec Jean-Pierre Coffe et son célèbre "C'est d'la merde" ! En effet l'endroit était bondé à craquer... 
Je n'irais pas cependant avec José Bové brûler le premier M... D. du coin de la rue, mais si une seule personne lisant cet article décide comme moi DE NE PLUS JAMAIS METTRE SES PIEDS dans cet endroit, ce sera peut-être le début d'une prise de conscience.
Qu'un repas n'est pas une chose futile mais un instant sacré.
Ha ! Ne me rétorquez pas que vous le savez mais que vous y allez parce que ce n'est pas cher ! Pas cher ?  Pour avaler des frites molles, des nuggets caoutchouteux, des débris de salade ?
Mais pour moins que ce pas cher là, on trouve un sandwich au jambon, un pan bagna ou un fallafel, un petit mais vrai restau avec un plat du jour à 8,50 € ou un plat de spaghetti à 6,50 € !

Allez va sans rancune mais s'il-vous-plaît laissez tomber M... D.

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Published by Philomène - dans Billet d'humeur
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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 06:10

 

 

Secret de Béton                                          

 

Depuis des mois, il pleut dans ce coin de France réputé pour son ensoleillement. Les vitres de la petite maison transpirent après avoir été battues par les rafales mouillées. Les rares heures où le vent pousse la pluie plus loin, je vois la campagne à travers  la dentelle beige et grise, résistante, le temps de l’accalmie.

Soleil timide ou brûlant qui fait exploser les petits points brodés par la conjugaison de l’eau, de la poussière et du vent. J’ai à peine le temps de m’habituer à cette trêve douce ou brûlante, mais toujours trop courte, que le ciel à nouveau s’assombrit.

Si l’averse est verticale et calme, la dentelle résiste et fait la nique à cette vaine douche, mais lorsque le tonnerre éclate, lorsqu’il frappe à plusieurs reprises sur le gong de sa voix grave, lorsque les trombes dégringolent subitement, l’eau cette fois-ci remplit son rôle de lavandière, elle efface, démaille l’ancien dessin qui décorait mes fenêtres…jusqu’à la prochaine offensive du vent, brise ou bourrasque chargée de poussières qui vont rebroder de jolis rideaux, il faut préciser qu’ici, les dentellières sont réputées.

 

Depuis des mois, il pleut ; j’étais venu pour le calme, la douceur du printemps, dans ce coin proche de Vauvert, à Montcalm exactement. J’étais venu pour sécher tranquillement mes pleurs, pour hennir avec les chevaux et recevoir les couleurs de la vie. J’étais venu pour respirer le sable, le faire glisser entre mes doigts, je pensais qu’ils en seraient minéralisés pour fournir l’énergie nécessaire à l’écriture de mon œuvre. Je m’étais souvenu de magnifiques vacances avec mes parents à Aigues Mortes. J’avais découvert les chevaux et leurs gardians, les taureaux, et des oiseaux d’une taille insoupçonnée aux yeux d’un jeune enfant, les flamants roses surtout m’avaient marqué. J’ai préféré la rusticité d’un hameau au défilé incessant des touristes visitant les cités célèbres de la Petite Camargue.

                                  

Mais il pleut depuis des mois, trois ou quatre, je ne sais plus bien, il pleut depuis mon arrivée. Et la pluie est contagieuse, elle entretient mes larmes, elle me couvre de ses gouttes, de son eau, elle me transperce jusqu’à la moelle. Alors, je rentre ; je ne prends pas ma voiture pour aller sur la plage, plus loin… D’ailleurs, le sable coulerait-il dans ma main ouverte ? Ce sable si fin, mais détrempé, collerait à mes doigts, il serait gant de sable mouillé, béton fendillé, il emprisonnerait mon désir d’expression. Momifiée, ma main ne pourrait s’affranchir

 

Depuis des mois, il pleut alors que j’étais venu pour raconter mon secret. Comment écrire quand l’écrivain se sent pris par le béton, (l’écrivain, c’est moi en l’occurrence). Je le connais trop bien, ce matériau pour en parler objectivement. Pourtant, je ne suis ni maçon, ni couleur de béton, je suis fils de pasteur et j’ai fait des études : normal et inévitable quand le hasard de la naissance vous fait atterrir dans une famille de pasteur, professeur en sus ! Je n’aime ni le béton, ni le sable mouillé.                                                                        

Je suis fatigué de la neige, de la pluie des Vosges. J’étais venu trouver le soleil, le bleu tout en haut, le bleu au loin, regarder le bout du monde là où la ligne de fusion des deux bleus n’est plus ligne. J’étais venu ici pour échapper au gris du haut et au vert souvent foncé du sol de ce pays où même le nom annonce l’obscurité : « Vosges », le O du noir, des monts, le O lové sur soi. Je voulais du clair : dans « Camargue », le A de la clarté a deux yeux, j’y lisais le A de la guitare, des flamants, du sable et des plages, avec ce A, je voulais rencontrer l’aventure, l’avenir après avoir dissous mon passé…

                                  

Mais, voilà : il pleut depuis des mois, le climat est devenu monomaniaque par ici, et même si je profite de courtes récréations ensoleillées, je ne peux m’empêcher de craindre le retour du gris. Mon plaisir est gâché, se durcit  et je ne parviens pas à écrire mon histoire. Chez moi aussi, il pleut souvent en glace fondue, en crachin, en giboulées, je ne supportais plus ce froid rude ; Ici, il pleut en rosée, en averse ou en cascade, c’est plus franc, plus salé, iodé, mais je commence à perdre patience, le temps s’écoule, indifférent… A cette allure, mes économies vont fondre comme sucre dans l’eau.

                                  

J’avais besoin de m’éloigner, un congé sans solde m’a été accordé par la direction du collège d’Epinal où je professe depuis deux ans. Congé accordé en raison d’un deuil très difficile. Ma mère est infirmière, son travail est devenu thérapie. Moi, je n’ai pas pu. Je devais partir, en petite fugue bien orchestrée pour le matériel, la vie physique : une maisonnette, presqu’une cabane de gardian où dormir et manger. Parce que là-haut, dans ma montagne, la musique de mon âme se détériorait sérieusement, mes portées s’effondraient sous les bémols, mes noires et mes blanches finissaient par se mêler pour donner des notes grises sans discipline temporelle qui s’écrasaient sur les lames du parquet de chêne. Quant aux croches, elles eurent vite fait de s’échapper pour danser dans les fougères, à l’abri, au creux des sous-bois.

 

Depuis des mois, il pleut, mon papier est mouillé ; mon crayon le déchire, le troue, mes mots se glissent dans les fibres de bois du bureau d’écolier que j’ai immédiatement adopté. Impossible de les rattraper ! Matière en moins pour m’expliquer, pour lui expliquer, pour qu’elle comprenne.

Le temps presse, le temps pleut, la pluie lave d’habitude ; moi, je me sens immergé, dans un scaphandre avec un masque brodé et des mains raidies par le métal, comme dans du béton. Mes gestes sont ralentis, pesants, ma voix est enfermée. Bizarre… je me sens trempé dedans et enfermé dehors, imperméabilisé… Non, pas toujours.

 En un mois, nous sommes en juin, je crois, j’ai pu me promener une fois en pleine nature sauvage, des parfums d’iris tardifs, de genêts ont caressé mes épaules, un nuage est passé au-dessus de moi, c’était une colonie de cigognes en migration venues certainement pour s’accoupler et nicher par ici. Un tout petit instant, j’ai pensé être à Colmar, en Alsace, plutôt à

Côté de Mulhouse où se trouve un magnifique parc naturel : « la petite Camargue Alsacienne »où les cigognes réapparaissent chaque année, j’aime quand elles claquettent, quelques nids coiffent alors des cheminées. Ici, je suis en « petite Camargue »de Provence, je n’avais pas fait le rapprochement jusqu’à aujourd’hui, il est vrai qu’au-delà de l’appellation, d’une réserve ornithologique et de la proximité de lieux secs et humides, la comparaison s’arrête là ; La faune, la flore sont très différentes, les couleurs plus vives ici, la musique plus légère et chantante, l’accent aussi, les odeurs plus épicées, les vins sont de Costières et là-bas ou plutôt là-haut, le vin est d’Alsace.

 Je suis retourné jusqu’à ma voiture, j’ai côtoyé des roselières et j’ai compris pourquoi tant de cabanes de gardians étaient couvertes de roseaux. J’ai envié le bon sens de l’occitan.

 

J’ai des parents formidables, non… j’ai une mère adorable, aimante, mais suffisamment ouverte aux autres, à ses malades et amis infirmiers, ce qui lui a permis de ne pas m’étouffer. Mon père… était un homme très respectable, bon éducateur, disponible et accueillant du point de vue pastoral, mais un peu dur avec moi. Il se voulait sculpteur de mon avenir et traçait mon chemin sans se préoccuper de mes désirs : j’ai eu longtemps l’impression d’être une boule de glaise modelable à volonté. Mais, une fois le moule réalisé, ce que j’appelle ‘ma carapace’, à l’intérieur, tout au milieu, j’ai résisté, je me suis serré, durci en nodule minéral et j’ai attendu… longtemps.

J’ai obéi, j’ai donné le change à ma mère. Et j’ai grandi. Et je me suis oublié… un temps.

 

Depuis mon arrivée ici, il pleut et je n’arrive pas à m’écrire, alors, je rêve, je me réinvente. J’aimerais être ‘musique’ pour faire frissonner les gypsies, pour les inspirer, pour être écoutée, pour être jouée par des admirateurs de Django ou Manitas. J’aimerais être un bon ‘ biou’ en langue d’Oc, je pourrais porter cocarde bi ou tricolore pour me faire un nom dans une manade, comme celles de Vauvert Montcalm, Nicollin, Félix ou Martini. La ‘ferrade’ n’est qu’un mauvais moment vite oublié. Ce marquage est pratiqué en pleine jeunesse sur les poulains et taurillons d’environ un an et je crois qu’ils ne sentent pas grand-chose. Il faudra que je sois ‘bistourné’ je préfère ce mot à l’autre, (plus classique et moins chantant à l’oreille), épreuve douloureuse, sûrement, mais qui résoudrait mon problème de choix que je trimballe depuis des années. Bien sûr, mon père était incapable de suspecter une telle aberration de la nature ! Ainsi ‘adoubé’, je pourrais partir en’abrivado’, courir et revenir en ‘ bandido’ après et pourquoi pas, être nommé biou d’Or.

J’aimerais être un héron cendré, ou plutôt un flamant rose, même s’il faut attendre au moins quatre ans pour le devenir, ‘rose’. J’aimerais être un flamant rose pour voyager, souvent, construire une famille et évoluer dans les airs, être admiré. Et puis, je trouve le flamant plus élégant que la cigogne que je connais bien.

Musique, biou, flamant, je ne craindrais plus cette pluie.

 

J’aimerais encore être genêt, éclairer de soleil la nature et essaimer avec ou sans vent : la graine du genêt pousse toute seule une fois sur la terre. J’aimerais être ‘taureau’ bien noir pour enthousiasmer les aficionados et pour mettre au sable le torero avec son ‘costume’ imbu de ses paillettes. J’aimerais être ‘cheval’, tout blanc, pas de labour, pas de course, mais de Camargue pour l’entente avec nature et gardian. J’aimerais être soleil, pour réchauffer le monde, pas pour le brûler, pour sécher le linge, pas les cœurs, j’aimerais être soleil pour éclairer, rayonner, régner…

Genêt, taureau, cheval, je ne craindrais plus cette pluie.

 

Il pleut toujours et encore. Pourra-t-on sauter le feu de la St Jean ?

Bientôt, ma mère sera en vacances d’été, je veux la retrouver, lui expliquer, l’embrasser, la consoler. Mon père est mort le 15 octobre de l’année passée, ou de cette année scolaire, comme on veut, il y a donc … environ sept mois. Il est figé… là-bas.

Depuis quelques années, le puits près de la maison était tari et représentait un danger potentiel pour les enfants ou les animaux domestiques, il fallait le combler, mon père avait commencé par y jeter toutes sortes de vieux objets encombrants, cassés, des pierres et des ferrailles inutiles. Je l’avais aidé. Devant l’ampleur de la tâche, il avait fait appel à un ouvrier maçon avec sa bétonnière. Je n’aimerais pas être maçon, excepté pour construire une maison parce qu’on n’est pas seul. Mais maçon pour remplir des trous, non, je n’aimerais pas. Et puis, quand il pleut, on ne peut pas travailler, le béton refuse d’obéir.

La pluie a cessé. Combien de temps ?

 

Il avait donc fait venir maçon et bétonnière, et l’accident s’est produit alors que la machine tournait seule, personne n’a compris. Mon père est tombé, le béton a coulé sur lui…Ma mère l’a attendu, nous l’avons fait rechercher…il n’a pas été retrouvé. Avant de prendre son service, ma mère fait une prière chaque jour, dans l’église, à côté de chez nous, puis son travail l’accapare. Moi, j’ai essayé de me fondre dans mes cours, pour les élèves, mais je n’ai pas pu.

Tiens ! Un rayon de soleil me fait un clin d’œil. Je vais donc voir plus clair et écrire à ma mère pour lui demander de me rejoindre. Elle ne pourra participer à la féria de Vauvert qui va se dérouler bientôt : mi-juin, je crois. Il faut que je me renseigne sur les dates des abrivados et des fêtes votives de Gallician, Aimargues et Vergèze. Je l’emmènerai aussi revoir Aigues Mortes, Les Saintes, la réserve près du pont de Gau et puis les marais…

Je pourrai lui parler de moi, d’avant, de mes blessures, elle m’aidera à effacer mes cicatrices et pensera moins aux siennes, je lui dirai mes joies d’enfant, on ne dit jamais assez merci à ses parents et elle sera fière, je lui confierai mes incertitudes sur mes aspirations affectives, elle me comprendra et m’aidera peut-être, elle. Une mère ne renie pas son fils. Même s’il ne suit pas la voie ‘normale’. Une mère peut tout entendre. Mon père n’est plus là pour lui boucher les oreilles et c’est bien !

 

Le soleil s’affirme, il semble vouloir s’installer vraiment, mais dans mon âme, il fait triste et il y pleut depuis des mois, exactement depuis que j’ai eu un geste de trop et une parole en moins. Il faudrait que je l’exprime, cette parole, il faudrait que j’autorise ma voix à le faire, ou ma main à l’écrire, avec le beau temps, tout va sécher, les routes, le sable, le papier, les mots resteront inscrits, il faut qu’ils en aient le courage, maintenant qu’ils n’ont plus l’excuse de la pluie. Que me dites-vous ? : « … papier ? .. .Il n’y a plus de papier ? ». Qu’à cela ne tienne, nous allons en acheter, du papier ; il fait beau, l’air me fera du bien, un petit bout de nationale pour arriver à Montcalm et dans la première échoppe, qui est tout à la fois librairie, papeterie, dépôt de pain, de bonbons et autres gourmandises, je trouverai papier et programme des festivités à venir. C’est là que j’ai déniché du miel de tamaris ! J’achèterai le Midi-Libre pour me replonger un peu dans le bain du monde.

 

Quelques pas sur la route, et je suis maintenant décidé à dire mon secret, sinon il va finir par prendre la fuite sans moi et Dieu sait où il pourrait aller… Oui, je vais le déposer. Tiens, encore le tonnerre, encore ! Nuages noirs, grosses gouttes… l’abribus de l’autre côté, j’y vais…

....

Hier, à 15 heures, un tragique accident

s’est produit à l’entrée de Montcalm.

Un homme a été écrasé par un camion

transportant une bétonnière. Décédé, il

n’a pas été identifié. Le conducteur n’a

pu freiner, il affirme que cette personne

s’est jetée sous ses roues. L’enquête doit

déterminer les causes de ce drame.


(Chantal Blanc)

 

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 06:02

 « Chiche » s’est exclamé Francis.

Chiche ? Euréka ! Voici mon point de départ pour démarrer ce récit. Chiche… que je le fais ! Sera-t-il une thèse ou une anti-thèse, contiendra-t-il des ellipses, une antiphrase, une hyperbole, voire une noble parabole, y mettrais-je des assonances, abuserais-je de la litote ? Au fait, avez-vous remarqué que toutes ces figures de rhétorique sont féminines ?

D’accord mais ce texte alors ? Cette thématique, ce point de départ ? Et bien justement point de départ : point. Ah, une si petite chose ? Oui, j’ose ! Donc, le point. Point. Quoi, déjà le point final ? Point du tout. On a dit point de départ car, à partir de quoi commence le cercle, le carré, le losange, le triangle… sinon à partir de ce premier lieu sans étendue dit circulaire ou elliptique.

« On distingue parmi les points remarquables d’une courbe ceux où la dérivée de l’une des coordonnées par rapport à l’autre se trouve indéterminée, sans être ni nulle ni infinie. Ces points prennent le nom de point singuliers ». C’est texto dans mon vieux dico. Vous avez suivi ? Interrogation. Moi non, j’ai juste attrapé le vertige. Finalement ce truc là n’est pas pour moi, stop là, exclamation ! C’est la fuite, le point de non retour, suspension…

Ne reste plus qu’à déborder mon polygone de sustentation en m’accrochant à l’antenne de la parabole pour changer un peu de point de vue comme dans le cercle des poètes disparus.

« Moteur ».

Mais le moteur, c’est le ventre et le cœur, pas la tête, pas la tête.

La tête trace et des fois se trompe de route.

La tête voudrait peut-être laisser une trace. Hiéroglyphes, signes kabbalistiques, animaux de la grotte de Lascaux, vitraux de cathédrale, dessins géométriques… Signes relatifs, mais le sage l’affirme : derrière le relatif, l’absolu.

Mental. Calcul. Division. Abstraction. J’abandonne.

Aujourd’hui, mieux vaut se pencher sur les lignes colorées, les lignes brisées, les cercles improbables, les arrondis mal finis, ce trait plus épais qui figurent sur la feuille de papier présentée. Quoi voir ?

- C’est une princesse, dit l’enfant.

 

 (Paru dans le N°69 « Courbes et figures »  de Filigranes)


 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 04:11

On me dit :
- Oui, vous écrivez, c'est bien, ça vous occupe !
Me prennent-ils ces gens qui font cette remarque pour un cabinet ?
Les W.C. peuvent être occupés ou pas, pas moi !
Disons que pour "m'occuper", je jardine, je cuisine, je vais au ciné
ou bader des vitrines mais je n'écris pas.
Écrire relève d'un autre domaine.

Je pense que ceux qui écrivent le font parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement.

Parce qu'arrive tôt ou tard un moment, pour ceux qui écrivent, où des mots se présentent à l'esprit, se bousculent, forment des phrases qui veulent venir à la surface du monde. C'est même assez terrible.
Pour ma part, même si parfois l'envie s'en vient et s'en va ou si j'y crois puis n'y crois pas, il m'est impossible de retenir ce flot.
Non, je n'écris pas pour m'occuper, j'écris tout simplement parce qu'il serait vain de chercher à faire différemment.

"Les fables sont des rêves d'enfance pour faire face au monde et à l'avenir mais aussi des rêves d'adultes pour nourrir l'espoir et la confiance en nos lendemains."
(Ermano Olmi - réalisateur)


 

Ce matin gros nuages anthracite et rafales de vent, faudra rester dans la maison



et plutôt aller faire un tour pour retrouver des couleurs sur le site de Pierre.
Pierre Cornière est le peintre qui m'a offert l'image d'un de ses tableaux pour l'illustration de la couverture de "Du quotidien à voix haute".
En ce moment ses toiles sont exposées à la Galerie des Glaces - 8 quai de Versailles à Nantes.
En ce dimanche maussade, à défaut d'un voyage à Nantes, je ne saurai trop vous conseiller d'aller faire une ballade vers son site : (voir ci-contre dans les liens).
Alors bon dimanche et bonne promenade parmi les tableaux de Pierre.

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 05:46

 

J'ai connu Chantal Blanc il y a deux ou trois ans de ça à son arrivée aux séminaires de la revue Filigranes (pour Fili voir Lien ci-contre).
Chantal écrit des nouvelles qui sont souvent primés mais ce n'est pas la raison pour laquelle j'ai envie de glisser une de ses histoires dans ce blog, non, c'est tout simplement parce que j'aime ses chroniques délicates et raffinées
comme des vases de Gallet.
         
Le cordon

   

Il y a plus de cinq ans que je suis née, que je ne vis pas.

Je me réfugie dans la mémoire de mon ancienne maison. C’était le bonheur, j’étais bien dans mon nid, à l’abri du regard des autres, je ne connaissais pas la vue.

J’entendais des bruits, de la musique, des tohu-bohu heureusement assourdis. J’écoutais surtout la voix de ma mère, ronron tranquille, paroles atones ou énervées. Quand elle me parlait, j’étais aux anges, sa voix se faisait caressante, doux miel ou plume légère, elle exprimait son amour, sa hâte de me voir, j’étais son bébé inconnu, son mystère, son inquiétude déjà. J’entendais d’autres voix… celle de mon père, grave, agréable pour s’adresser à ma mère ou à son ventre, et  tonitruante si mon grand frère était vilain, cela me faisait peur. Après ma naissance, je l’ai reconnu mon frère, mais je ne l’ai pas regardé.

Je ne connaissais pas la faim, pas le temps d’être en manque, j’étais nourrie par le cordon ombilical. Lorsque ma mère mangeait, son sang offrait de quoi rassasier mon petit corps. Mais on a coupé ce cordon et depuis c’est compliqué de me nourrir, je n’aime pas tout, c’est ce qu’on appelle le goût.


Je ne me souviens pas de l’odeur de ce cocon. Pour moi, c’était inodore : je ne respirais pas. Maintenant, je sens différemment selon les moments de la journée, et je retiens certains parfums plutôt que d’autres ; j’aime l’odeur de ma mère, je supporte celle de mon père, mais je préfère respirer mon oreiller.

Ce que je regrette le plus, c’est ma mer, mon espace aux limites veloutées, je pouvais bouger, gigoter sans me faire mal, sans jamais tomber, même si j’étais un peu à l’étroit en dernier. Il n’y avait ni froid, ni chaud, ni dur. Les vêtements qui grattent étaient inutiles. Ce que je ne comprends pas, c’est que je ne me sentais pas mouillée dans tout ce liquide, maintenant l’eau du bain me trempe, inonde ma peau.

La douche m’agresse, les gouttes de pluie me taquinent… non, je ne comprends pas.

J’étais si bien, pourquoi m’a-t-on fait sortir, "naître" comme ils disent ?

Ma bulle tiède s’est crevée, des poussées irrésistibles me chassaient de ma quiétude, de plus en plus rapprochées, puis je me suis retrouvée pressée, coincée dans un tunnel, de grandes pinces froides ont tiré ma tête jusque dehors : une explosion m’attendait, une lumière aveuglante, un air froid, des mains qui se voulaient douces, mais des mains qui appuyaient sur mon corps, puis j’ai subi la coupure du cordon et j’ai détesté ce moment. J’ai senti qu’il fallait chercher, aspirer l’air, effort inouï ! Cet air entrant a gonflé mes poumons en défroissant le moindre petit recoin, alors j’ai hurlé, j’ai crié à la vie pendant que ma poitrine se vidait puis se remplissait…aujourd’hui je n’y fais même plus attention et je m’en moque.


Le monde ne m’intéresse pas, le bruit non plus, sauf le chant du rossignol dans notre chêne, la musique douce et le clapotis des vagues sur mon disque. Je parle, je dis les mots que je veux, et ils attendent toujours les réponses  que je tais. Je marche aussi, je tape des pieds, des mains.

Je connais toutes les couleurs de mes jouets, j’adore le rouge, mais ma mère y mêle exprès d’autres teintes pour m’habituer. Dans les Lego, un petit bout de noir ou de bleu et mon rouge se voit encore davantage ! J’ai deux mille trois cent cinquante pièces, je peux compter encore plus loin, ce qui surprend mon entourage, je récite l’alphabet à l’endroit et à l’envers…bientôt je saurai lire, j’aime dire les chiffres et les lettres du jeu de la télé, mais je refuse de dire bonjour, au revoir etc. Je détourne le regard et le corps quand on s’approche de moi, ils disent que je refuse tout contact. C’est vrai. Ils pensent que je ne comprends presque rien. C’est faux, mes oreilles et ma tête saisissent tout.

Cependant, hier il s’est passé une chose inhabituelle : ma mère était assise à mes côtés, la main tendue, comme souvent. Soudain elle a prononcé des mots très importants, des mots qui ont fait frémir mon cœur malgré le grillage de protection que j’avais tressé autour.

C’était :

─ Je ne suis pas une fée et je t’aime telle que tu es… Tu m’ouvriras ta main quand tu le voudras.

Elle ne m’avait pas regardée et s’était rapprochée de mon oreille pour chuchoter ces paroles. J’ai apprécié la reconnaissance de ma liberté.

J’ai entendu le vrai cri d’amour maternel, sans condition.

Sa souffrance tue a révélé ma douleur muette.

 

Dans mon circuit de Lego, les figurines prennent une passerelle pour visiter des copains qui habitent de l’autre côté des rails, ils sont en sécurité, au-dessus du train qui passe. S’il n’y avait pas ce chemin, ils ne pourraient plus rencontrer leurs amis et seraient tristes, mon frère me l’avait raconté, mais je ne l’avais ni écouté ni compris.

Comment faire un passage pour moi ? J’ai tellement peur du vide !

 

Durant deux jours, Betty (c’est son nom) casse, reconstruit, recasse et reconstruit… tant qu’il y a un trou, une fissure, n’importe où, le bonhomme Lego chute. Enfin ! Elle assemble la totalité des pièces du pont ainsi réhabilité et dispose tous les petits personnages se tenant en grande farandole, cordon dansant.

 

Le lendemain, elle voit sa mère avancer vers elle, regarde la main tendue, approche tout doucement la sienne jusqu’à la blottir dans la paume ouverte. Les mains jointes ont effacé le vide, Betty se sent parcourue par un sentiment inconnu qui la conquiert si fortement que ses chaînes fondent en libérant son cœur.

─ Maman… comme ça.

Elle ne bouge pas, maman, elle a peur de m’effrayer, je le sais, elle me laisse faire, elle l’a dit. Mais moi je vois une petite goutte nacrée couler le long de sa joue.

Comme elle est jolie !


(Chantal Blanc)

 

 

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Published by Philomène - dans Des nouvelles
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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 16:48

 

"Le jardin est l'endroit où le plaisir s'achève".

(Charles Fourier)


Et aujourd'hui dans le jardin des fleurs des couleurs des senteurs le bonheur.
A défaut de chez soi y a toujours un jardin à côté de chez soi,
y a toujours un jardin pas trop loin,
y a toujours des fleurs, sur le marché, juste à côté.
Pour pouvoir un instant oublier.

"Le jardin est l'endroit où le plaisir s'achève".

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 08:52





Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d'oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs

Que le pâle soleil recule

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid


Notre printemps est un printemps qui a raison


                                                                                              (Paul Eluard)

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 07:26

 

(...) "Mon véritable travail philosophique a commencé avac une phrase de Spinoza. Je sortais de l'agrégation dégoûté de la philosophie, comme il convient après cinq années d'études... Et tout d'un coup, un peu comme un réveil, me revient une phrase de L'Ethique de Spinoza, que je connaissais et qui ne m'avait jamais spécialement frappé : "Il n'y a pas d'espoir sans crainte ni de crainte sans espoir". C'est bien clair, vous n'aurez jamais l'un sans l'autre. Tant que vous avez peur de tomber malade, vous espérez rester en bonne santé. C'est pour ça que Jean-Paul II n'a rien compris à l'essentiel quand il dit - c'est son premier discours : "N'ayez pas peur, espérez !". Non, non ! Si vous espérez, vous avez peur, c'est aussi bête que ça. Cela me paraissait très clair que le sage, selon Spinoza, ne craint rien mais je me demande tout d'un coup : mais alors, cela veut-il dire que, pour Spinoza, le sage n'espère rien, qu'il est, à la lettre, désespéré ? J'ai repris mes textes, j'ai travaillé et j'en ai conclu que oui. Ce n'est pas dans ces mots là que Spinoza le dit, mais ça veut dire exactement cela. Et que donc, tant qu'on espère la sagesse, on en est séparé par là même. (...)"

André Comte-Sponville -

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 05:53

 

La voix chantante m’avait accroché tout de suite. La voix avec un léger accent que je devinais espagnol butait sur certaines syllabes.

La jeune femme était assise en tailleur, loin devant moi et donc je ne voyais que son dos et une longue chevelure auburn désordonnée et bouclée retenue par un chouchou bleu.

Seulement une voix et une chevelure et tout de suite on devinait la grâce. Celle que certains êtres possèdent naturellement et dont ils ne sont la plupart du temps même pas conscients. Après, elle s’était levée. Elle avait le profil de madone d’une statue d’église.

 

Le lendemain, nous nous étions retrouvés dans le même groupe d’approfondissement. Cette fois-ci, elle était placée en face de moi. La chevelure était toujours en désordre et sans la retenue du chouchou, tombait sur ses épaules rondes. Le teint était mat, des yeux gris vert couleur de torrent pyrénéen lui donnaient un air farouche renforcé encore par cette voix si prenante traversée de fulgurances. A chacun de ses mouvements, de longs et fins pendentifs en argent ciselé oscillaient à ses oreilles.

 

Lourdès était d’une beauté absolue mais il était évident qu’elle ne le savait pas.


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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 06:13

 

Je l’ai reconnu tout de suite la vieille dame aux cheveux blancs née en Hongrie. La dernière fois que nous nous étions croisées remontait au mois de janvier 2004. Ce qui nous avait rapproché cette année-là ? C’était ce séjour Jacques Castermann (immense maître d’Aïkido) où, elle et moi au milieu du groupe nous avions à gérer nos problèmes de dos. Nous avions à accepter notre différence, nous avions à accepter de ne pas pouvoir tenir les postures debout aussi longtemps que les autres. Mais dans l'étrange exercice proposé par Castermann de cheminer les uns derrière les autres le temps du Boléro de Ravel, nous nous étions surprises de tenir jusqu'au bout.
La musique servant de support à tant de pubs avait pris alors pour nous une autre dimension, nous avait portée, transportée, nous avait insufflée une énergie qui nous avait prises au dépourvu.


Donc nous nous reconnaissons et nous tombons dans les bras l’une de l’autre. Elle a bien changé cependant en quelques années.

A la première soirée, la vieille dame aux bons grands yeux clairs et aux poils blancs sur le menton, bonne conteuse, me décrit la Hongrie d’avant le rideau de fer.

Le deuxième soir c’est avec beaucoup de verve qu’elle me narre sa venue en France pour étudier, sa rencontre avec l’étudiant en médecine qui allait devenir son mari et lui faire cinq enfants avant de s’en aller avec une jeunette… amie de sa fille…

A la troisième soirée elle reprend le fil de son récit devant nos tasses de tisane. Sans aucune amertume dans la voix, sans laisser transparaître aucun regret elle explique : comment aurait-elle pu lutter contre une nana de vingt ans, elle qui venait d’en avoir cinquante ? Il fallait le comprendre cet homme…

Et puis Marika parle de son père : Bela Emanuel, peintre. En 1953, l’homme avait fini par fuir la Hongrie car les communistes au pouvoir lui avaient supprimé les commandes d’état et l’avaient relégué dans le rôle d’un professeur de dessin anonyme. Arrivé en France avec une renommée internationale, ayant vendu des tableaux pour des musés de New York et de Londres, le maire de Paris, Taittinger, lui commande son portrait.

Donc, tous les jours Monsieur le maire envoie une voiture avec chauffeur chercher le peintre. Le deuxième jour, Bela Emanuel tache sa chemise mais le lendemain le peintre remet la même chemise. Et pendant toute la durée du portrait, au grand dam de sa femme et de sa fille, il s’obstine à ne porter que cette chemise.  

Le portrait fini, le peintre dit à sa femme :

-        - Bon, d’accord, donne-moi une chemise propre.

Et il la  met dans un paquet qu’il fait porter au Maire avec un mot à l’intérieur : « Monsieur Le Maire, ma femme et ma fille me disent que c’est une honte d’avoir remis la même chemise tous les jours alors que j’en possède d’autres. Pour bien vous montrer que c’est le cas, je vous en envoie une propre ! »

Taittinger rira tellement qu’il lui fera porter une caisse pleine de bouteilles de champagne.

   

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