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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 16:59


Les Baklavas

 


Eté 1963 - Corfou

Mon oncle Robert entretient des relations d’affaires avec un vieux grec, responsable de je ne sais plus quel bureau. L’héllène est plus sec qu’une aiguille de pin, plus ratatiné qu’une pomme reinette, plus fripé qu’une vieille dentelle. Des cheveux gris crantés et brillantinés, une fine moustache poivre et sel, des yeux de cocker triste lui donnent un vague air d’acteur de cinéma muet.

Le grec a un bureau situé à quelques pas du port.

On est en juillet, de quoi préférer la plage à l’ancienne colonie minoenne ! Mais enfin, faut bien visiter, s’agit que mes seize ans s’instruisent. Alors, ma tante Rachel me traîne vers les monuments historiques, puis nous déambulons sur les quais.

Or, sur qui tombons-nous, une fois sur deux ? Sur notre grec ! Toujours vêtu d’un pantalon gris au pli impeccable et d’une chemise blanche immaculée fermée jusqu’aux poignets. A chaque rencontre notre homme se précipite sur ma tante en la regardant d’un air béat. Elle, elle me lance un regard en coin qui veut dire « aide-moi ». Elle doit finir par être à court d’idées et d’excuses pour se débarrasser du bonhomme qui la poursuit depuis des lustres !

Mon oncle l’a baptisé : "l’amoureux de Rachel" ! 

 

Ce jour là, au programme, balade dans l’antique cité avec étapes interminables devant les étals du marché : colliers et bracelets argentés, chapeaux de paille, longues robes chamarrées, statuettes, icônes contrefaites, copies de vases aux couleurs criardes, fausses amphores… Ma tante marchande, j’achète une bague incrustée de corail…

Soudain. Rachel regarde sa montre.

-          Nom de Zeus, on va rater le caïque !

Courir. Vite. Vite. Vite.

Le bateau fait la liaison entre le port et notre village, de l’autre côté de la baie. Reste juste quelques pas à faire pour monter à bord. Quand tout à coup, des cris stridents. Des cris à vous percer les tympans. On se retourne, comme tous les autres passagers.

Le soupirant de ma tante court dans notre direction, le plus rapidement possible sur ses jambes maigrelettes. Il agite à bout de bras un paquet cartonné fermé d’une ficelle dorée. Baragouinant moitié grec, moitié anglais, le petit vieux, tout essoufflé, offre la boîte à ma tante. Il a un grand sourire sous sa ridicule moustache et se fend d’une courbette !

Tous les passagers se marrent. Rachel, rougissante comme une gamine prise en faute, prend le paquet de gâteaux d’un air gêné et remercie d’un air pincé le petit vieux à l’air transi !

-          Tonton a raison, lui dis-je pendant la traversée, il est amoureux de toi, ce grec !

 

Ben, franchement, cet oriental n’a pas mauvais goût !

Un aspect porcelaine de chine, une taille menue et bien proportionnée. Des yeux bleus qu’on ose même pas regarder en face. Et ce que je sais et que le petit vieux ne sait pas : la dame est sujette à des fous rire phénoménaux, vous balance tout à trac un répertoire complet de chansons d’opérette, possède une érudition impressionnante, une modestie à toute épreuve, pratique l’art de la fantaisie avec constance, la joie de vivre avec application.

Là, pour le coup, elle a plutôt l’air de mauvaise humeur.

Haussant les épaules, les yeux à faire pâlir de jalousie le ciel de Grèce deviennent plus vifs.

-          Pffft ! Le pauvre, qu’est-ce qu’il s’imagine ? Et ses gâteaux ? Baaaaah… trop mielleux, trop huileux…

-          Tatiiiiiiie, t’as même pas ouvert le paquet ! Comment tu sais ? Et si y a des baklavas dedans ? Moi, J’adore les baklavas…

-          Regarde, rétorque-t-elle, péremptoire, faisant une grimace en me montrant le dessous de la boîte, déjà toute grasse… en plus, on va se tacher !

J’ouvre la bouche pour faire objection. Trop tard ! Hop, le paquet de gâteaux passe par dessus bord ! Mon envie de douceur au miel coule à pic. Je ravale ma salive. Mais Rachel éclate de rire, met un de ses bras autour de mes épaules, me colle un bisou sonore sur une joue, ajoute.

 

-          T’inquiètes pas, va ! Ceux-là n’étaient pas bons, mais j’connais une pâtisserie à Athènes. On y mange les meilleurs gâteaux du pays ! On ira et on ne mangera que des gâteaux, là !

Faire un repas que de gâteaux ? J’avais jamais au grand jamais, fait une chose pareille !

 

Quinze jours ont passé, quand on se laisse tomber sur les confortables chaises de la pâtisserie promise. J’ai l’impression confuse d’être une écolière faisant l’école buissonnière.

-          Et « sui-là », dit Rachel à la serveuse, et « sui-là » et encore « sui-là »…

Elle me fait un clin d’œil. Les gâteaux s’accumulent sur notre table.

Cake aux raisins, macarons marrons, baba au rhum, à la crème, tarte aux prunes, aux abricots, meringues neigeuses, biscuits au citron ; courambiers blancs et dodus, vassilo pitta, et … couleur d’or : des baklavas.

 

 


  Gâteau grec fait d’amandes pilées et de miel

  Gâteau grec avec des graines de sésame



 (Texte paru dans le N°62 de la revue Filigranes)

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 05:39

                                      
Je reviens de l'ashram des trésors pleins les poches
La paix est au bout du chemin
C'est certain ce n'est pas pour demain
Mais je reviens
Des outils pleins les mains.

« Ce qui se passe, c'est que les évènements arrivent de l'extérieur, vous ne vous laissez pas affecter par eux. Vous vous fermez. C'est pourquoi aucun changement ne se produit dans votre vie... En revanche, celui qui est affecté profondément par eux est obligé d'y faire face. Il n'y a pas d'échappatoire.
Il perd ses illusions et se libère. »
(Swami Prajnanpad)

Sinon la météo ce matin à Marseille c'est :
fort mistral !
Bon, O.K. c'est une info à deux balles !
Mais parfois ça fait pas de mal de ne plus être dans le cérébral !

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 21:03

Ici


Me voici de retour. Un peu plus sage ?
Oh, oh, pas si vite !
Tout de même un peu plus en paix... avec moi-même .



« Le temps passé, le temps futur
Ce qui aurait pu être et ce qui a été
Tendent vers une seule fin qui est
toujours présente. »
(T.S. Eliot)


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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 15:36

 


Voilà lundi matin, je pars, je vous abondonne pour une semaine.

Je pars faire une retraite à l'ashram d'Arnaud Desjardins.
C'est... pas très loin, du côté de Valence, il y a du silence, un parc immense et un bassin
Il est un bassin...

C'est quelque chose dont j'ai besoin, une fois par an  : ce grand silence, des méditations, un lieu apaisant, une atmosphère de sérénité...

Mais en m'attendant, vous pourrez toujours pour certains découvrir des articles que vous n'auriez pas encore lu, pour les autres relire ceux que vous avez aimé...
Enfin c'est comme vous voulez...

        A bientôt



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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 16:14


Le temps d'un article, je vais faire concurrence à Chat-Pitre qui m'a laissé un commentaire à propos de : D’autres chats à fouetter… , et je la salue au passage. Un rouquin partage notre vie depuis plus de 15 ans. En vieillissant l'animal a tendance à redevenir sauvage, ne veut plus qu'on le brosse ni qu'on l'approche de trop près mais c'est notre chat et on l'aime !
Je vais maintenant vous conter une anecdote... que j'aurai tendance à trouver révélatrice !
Ce chat est un baromètre alimentaire !
C'est-à-dire qu'il n'est pas difficile question nourriture mais si vous lui refilez la tranche de jambon qui traîne depuis une semaine dans le frigo, il la refuse catégoriquement !


Tous les jours : "bonjour Madame la femme du boulanger du quartier"...  pour une baguette bien blanche ramenée à la maison et que le rouquin ne cherche même pas à approcher.
Mais il y a des jours où je m'offre un cadeau ! Un peu plus loin dans le coin, se trouve une boulangerie qui fait du pain à l'ancienne cuit dans un four à sole après une fermentation sur Poolish : mélange eau-farine-levure boulangère préparé 6 heures avant le pétrissage ; ce qui permet avec un minimum de levure de multiplier les ferments qui contribueront au développement des arômes et à l'agréable saveur de cette flûte gana.

A midi, nous étions en train de manger quand le rouquin s'est manifesté par des miaulement intempestifs à côté de nous.
Dans ce cas-là, je sais traduire, ça veut dire que le chat réclame une part de notre dîner. Comme c'était un melon, il était évident que ce n'était pas le melon que le chat convoitait.
Comme il m'avait déjà fait le coup avec du pain complet, j'ai compris que c'était probablement la flûte gana qui le tentait.
Je ne m'étais pas trompée.
Le rouquin s'est jeté sur les petits morceaux de la mie aux alvéoles irrégulières, gage de fermentations bien conduites et corrigées par la main du boulanger...

Conclusion : ben, notre pain blanc doit vraiment être nul au sujet des nutriments alimentaires... le chat le sait bien lui !

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 19:29

Des roses pour la dame des polars...


"L’essentiel est d’inventer une histoire
qui débouche sur une résolution, une avancée, pas sur le cul-de-sac et le découragement.
L’essentiel est de ne pas abandonner le lecteur dans un état de sidération, mais de le ramener nourri d’une expérience, d’une connaissance qui lui permettent de faire face à ce qu’il a vu.

Et tant pis pour les sarcasmes sur « les livres qui finissent bien »…"

(Fred Vargas)

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 19:07


Laisser une trace, laisser sa traaaaaaaaaaaace,
pour dire : "j'existe".
Sa signature sur un mur.
Apres tout, les hommes prehistoriques appliquaient deja leurs mains sur les parois des cavernes pour 
laisser une trace,laisser sa traaaaaaaaaaaace :
"regardez mon univers, regardez-le, regardez-moi..."

Laisser une trace, laisser sa traaaaaaaaaaaace,
pour dire : "j'existe".
Sa signature sur un mur.
Apres tout, les hommes prehistoriques appliquaient deja leurs mains sur les parois des cavernes pour 
laisser une trace,laisser sa traaaaaaaaaaaace :
"regardez mon univers, regardez-le, regardez-moi..."


Laisser une trace, laisser sa traaaaaaaaaaaace,
pour dire : "j'existe".
Sa signature sur un mur.
Apres tout, les hommes prehistoriques appliquaient deja leurs mains sur les parois des cavernes pour 
laisser une trace,laisser sa traaaaaaaaaaaace :
"regardez mon univers, regardez-le, regardez-moi..."


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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 18:22

De ma cité phocéenne, jamais je ne me lasse. Il suffit de passer sous une arche, d'emprunter un escalier resserré, pour qu'en plein coeur de la ville, je me retrouve ailleurs, dans un autre espace du temps.



En 1861, pour l'achèvement du chemin de la Corniche qui devait changer "en une belle promenade des rochers abrupts", il fallut envisager la construction d'un viaduc enjambant la calanque de la Fausse-Monnaie. Aujourd'hui des petits bateaux s'y blottissent sous leurs bâches.

Fausse-Monnaie-004.jpg

Et ici, dans ma cité bien-aimée, en sortant de l'école il y a des petites-filles qui viennent murmurer sur le chemin du cours de danse : « bonsoir la mer, as-tu passé une bonne journée ? »

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Published by Philomène - dans De bric en vrac
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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 11:23


Ce lundi 28 septembre est le jour du Grand Pardon.


- "M'man, pardonne-moi, j'ai mangé trop de bonbons !"
- Chéri, désolée mon mal de tête hier soir était simulé..."
- Mais mon amour, le repas avec les copains avant-hier, c'était pas vrai..."

Pardonner. Nos p'tits mensonges, nos demi-vérités, nos tromperies, nos fourberies... relativement facile !
Mais le sang versé ? L'HORREUR ?
Pardonner ?
Le catholique au protestant
Le juif au musulman
L'athé au croyant, l'arménien au turc... la liste n'est pas exhaustive !

Pardonner à ceux et celles qui nous ont fait du mal ? Vraiment mal !
Accorder son pardon à celui qui a répandu sur vous la calomnie, à celle que vous preniez pour une Amie et qui vous a rayé de sa vie ?
Le mot pardon est bien plus grand que nous. La marche à monter un peu trop haute.
Peut-être, pour commencer accepter !
Puis, essayer de comprendre que "l'autre est différent" comme l'a si souvent répété Swamiji, le sage indien de Ranchi.
                                                          Pardonner : l'étape ultime.


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Published by Philomène - dans Billet d'humeur
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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 19:10

Les feuilles mortes... O.K. Montant l'a trop bien chanté






Aussi la bignone est jalouse...
Aucune chanson, pas un poème pour elle !
Alors que, franchement, y a pas photo ?


Le Lantana, lui songe qu'il l'a échappé belle ! L'été brûlant a d'abord jauni ce dérisoire morceau de terre que les gens qui habitent ici avaient pompeusement baptisé "pelouse" et en bordure duquel il pousse... Ensuite "ces gens" se sont remis à l'arrosage mais ont eu l'air d'oublier de tailler, de biner, de mettre de l'engrais (BIO), de tondre ce qui ressemble à présent à un parterre de mauvaises herbes foldingues !



Les grosses figues violettes elles, n'ont pas ce genre de soucis ! De toutes manières, elles n'en font qu'à leur tête, dégringolant justement quand bon leur semble sur les têtes de ces curieuses créatures qui délaissent la nature.

Et que croyez-vous que font alors ces étonnantes personnes ?
Elles ouvrent les fruits en deux et mordent l'intérieur de toute leur âme, disant comme ça, qu'il existe des petits bonheurs qu'il serait criminel de laisser passer...


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Published by Philomène - dans Photos
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  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
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