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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 11:19
L'échappée belle (N°95 Revue Filigranes)

Filigranes avait choisi comme thématique de l'année 2016/2017 : "La matière de l'écriture". Nous voici déjà au volume 3 baptisé L'échappée belle.

Et voilà donc ma participation :

« Rien ne se perd, rien ne se crée,

tout se transforme »*

 

 

L’humanité ? Désespérante. Là-bas ? Guerres. Ici ? Douleurs.

Vrais soucis ? Faux problèmes. Pesanteur ? Monotonie.

Et cætera. Et cætera.

Ah ! Que me voilà morose, à contempler d’un œil flapi

le sinistre amoncellement.

Fouler aux pieds ? Brûler ?

P’t-être pas une si mauvaise idée, le feu !

Les flammes consument mais aussi, transforment.

Chauffons donc mon déprimant ramassis, à l’aide d’un

système alambiqué : famille amis les vivants et les morts,

les roses du jardin, musique à donf, folie en brin, tous ceux

qui m’aiment tout ce que j’aime, mots à écrire mots à lire,

et pour finir imaginons LE voyage.

Oh ! Oh ! Voici le méchant tas métamorphosé.

Tendre magie, petit miracle, grand mystère. Tout de même,

devrais réfléchir à cet étonnant abracadabra !

 

Abracadabra ? Hop ! Un avion, moderne magie. Qui me

transporte au pays où les dieux sont nés, et la philosophie.

A propos, Lavoisier, il n’a fait que transformer la phrase

d’Anaxagore. Car, comme chacun sait, le premier qui a dit :

« Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se

combinent, puis se séparent de nouveau » est ce philosophe

grec présocratique.

Et toc !

Bon, revenons à notre avion, suivi d’un ferry.

Mon esprit exulte.

 

Même si sa Vénus magnifique, par un tour de passe-passe

culturel… loge désormais, la pauvre, à Paris, moi, ça y est,

j’y suis dans l’île fantasmée. Yep !

C’est qu’il faut vous dire : être une avec ses gènes,

ses origines, son nom, des souvenirs de lumineuses vacances

d’adolescence, s’apparente à une grâce inouïe, proche de

l’absolu.

 

Avec une taverne bordant la Grande Bleue

Et du bleu sur les portes, du bleu sur les volets

Et du bleu dans le ciel pour palper le soleil qui

Vient sécher les poulpes que l’huile d’olive attend.

Avec la plage perdue tout au bout de la route

Et la route des flots m’invitant à la nage

Et la route où des gens tellement prévenants

Rassurent mon rêve enfin assouvi.

 

J’ai appuyé sur pause, j’ai oublié les sages,

j’ai oublié les fous.

 

Et me suis – seulement – laisser - vivre.

 

J.A.

*Antoine Lavoisier

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:13

La thématique de l'année 2016-2017 de la revue Filigranes (dont je vous ai souvent parlé) était "La matière de l'écriture", déclinée sur trois numéros.

Pour le N°94, il s'agissait d'écrire en relation avec "Vers la surface".

 

 

« Elle »

 

Un choc !

De la pointe des cheveux au bout des orteils.

De la surface de la peau au fin fond des entrailles.

Et les battements du cœur et les frissons de l’âme.

Pourtant, déjà tellement d’images de la cité dans les médias…

Et tant et tant de paroles sur « elle » que…

M’attendait pas à ça ! M’attendait vraiment pas à ça !

Un état de sidération absolue qui me coupe le souffle.

Et les jambes. Plus bouger.

Ivre de beauté et comme en apnée, à même le quai.

 

Hé ! Suis-je – encore - dans la réalité ? Possible que ce soit un

rêve... d’ailleurs, j’en ai tellement rêvé ! En tout cas, si c’est un

rêve, il est partagé. Heureusement partagé. Parce que, pour que la

félicité soit aussi parfaite, phénoménale, jubilatoire, impossible

de vivre seule l’instant.

Ah ! ces instants de grâce qui vous tombent dessus au moment

vous ne les attendiez pas, avec des personnes auxquelles vous ne

pensiez même pas… puisque vous ne les connaissiez pas !

Et maintenant, vivre ensemble cette espèce de communion.

Immédiatement, je sais que je me souviendrai jusqu’à mon dernier

souffle de cette vision.

Hasard ? Encore… Qui a choisi de placer ma rencontre avec « elle »

à cette minute précise où le soleil tire sa révérence en ombre

chinoise entre deux nuages, parant les flots, les toits, les façades

et les gens d’un époustouflant ocre doré.

 

Délicate volupté.

Tiens, c’est étonnant, je respire encore ? Et mes trois autres compères,

là, à côté, sont-ils dans le même état ? Oui, disent-ils.

Miracle de cette ville, cadeau de la nature et des hommes.

 

Le choc.

Et l’eau, ici, encore là, et là-bas, qui éclate en mille particules

diamantées.Trop. C’est trop. J’ai envie de pleurer.

Vite, un verre de Spritz.

Venise.

 

 

Jeannine Anziani

Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014
Venise - Octobre 2014

Venise - Octobre 2014

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 11:30
L'abbatiale de Conques
L'abbatiale de Conques
L'abbatiale de Conques
L'abbatiale de Conques
L'abbatiale de Conques
L'abbatiale de Conques

L'abbatiale de Conques

Quels mots utiliser après cette visite dominicale et matinale de ce 21 août, passionnément et admirablement commentée par Claude, notre filigraniste conquois ?

Comment traduire les impressions ressenties, imprimées désormais dans le corps et l'esprit ?

Je convoque un poète :

"Je ne parlerai pas, je ne penserai rien mai l'amour infini me montera dans l'âme".

Arthur Rimbaud

Les vitraux de Pierre Soulages
Les vitraux de Pierre Soulages
Les vitraux de Pierre Soulages
Les vitraux de Pierre Soulages

Les vitraux de Pierre Soulages

Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4

Honnêtement, j'avoue, j'avais un a priori négatif à propos de ses vitraux ! Tellement entendu dire du mal !!! Comme quoi, il vaut toujours mieux se faire une opinion par soi-même.

Parce que, ma foi, je les trouve en parfaite harmonie avec l'abbatiale, ces vitraux, complètement assortis à la grisaille des pierres et du pays.

Et de l'intérieur, passe une telle luminosité...

"Si vous aviez vu avant comme c'était sombre", me glisse une dame assise à côté de moi.

La visite de Claude avait un titre : insolite.

La proposition était inattendue : endosser l'habit de pélerin, se mettre dans la peau de l'homme en marche. Alors...

- Ouvre-toi mon esprit à l'esprit du lieu.

Renifle les pierres, lève les yeux

Et n'attend rien.

Mais prends sans sourciller, sans vergogne

Ce que ce matin te donne.

Relies-toi, écoutes le verbe, entends le silence.

Sois seulement, un instant à l'instant.

Sans illusions.

L'instant d'après déjà s'invite...

Mes images de Conques
Mes images de Conques
Mes images de Conques
Mes images de Conques
Mes images de Conques
Mes images de Conques

Mes images de Conques

Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4
Conques : université d'été de Filigranes - 4
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 13:26
Conques : université d'été de Filigranes - 3

Ce samedi matin (20 août), nous ouvrons notre fenêtre pour découvrir la brume et la pluie.

Le programme prévoyait la visite du musée Soulages à Rodez ET un pique-nique ! Pour le musée, pas de problèmes, nous emportons seulement des parapluies... certes il ne pleut pas à l'intérieur du musée, mais avant d'y arriver...

Nous avons bien fait, car il y a un espace à découvert entre le parking et l'entrée du musée !

Après... il s'agit de comprendre le travail de l'artiste.

Je dois avouer qu'à l'arrivée, j'ai un a priori négatif... à la sortie, je ne suis pas devenue fanatique du travail de Pierre Soulages mais tout de même, j'ai ressenti non pas des émotions mais une sorte de fascination devant certaines des oeuvres.

Musée Soulages à Rodez
Musée Soulages à Rodez
Musée Soulages à Rodez
Musée Soulages à Rodez

Musée Soulages à Rodez

Et puis il y a "l'outrenoir" et là, j'ai du mal à en détacher mon regard. Selon l'angle de vue, le tableau se transforme, littéralement il vit ! Sur ma photo, on dirait même qu'il est en feu !

Conques : université d'été de Filigranes - 3
Conques : université d'été de Filigranes - 3

Du 11 juin au 25 septembre 2016, le musée Soulages accueille Pablo Picasso.

Aussi, après les Brous de Noix, les peintures de jeunesse et celles de l'après-guerre, les eaux-fortes, lithographies, cuivres et la totalité des travaux préparatoires (passionnant) des vitraux de Conques de Pierre Soulages, nous voici devant des oeuvres bien différentes : celles du maître du cubisme Pablo Picasso.

"Pour moi, il n'y a pas de passé ni d'avenir en ART.

Si une oeuvre d'art ne peut vivre toujours dans le PRESENT, il est inutile de s'y attarder."

Pablo Picasso

Picasso a consacré une place importante aux femmes de sa vie... (et à d'autres !)
Picasso a consacré une place importante aux femmes de sa vie... (et à d'autres !)
Picasso a consacré une place importante aux femmes de sa vie... (et à d'autres !)
Picasso a consacré une place importante aux femmes de sa vie... (et à d'autres !)

Picasso a consacré une place importante aux femmes de sa vie... (et à d'autres !)

Conques : université d'été de Filigranes - 3
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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 12:29
Le viaduc de Millau
Le viaduc de Millau
Le viaduc de Millau
Le viaduc de Millau

Le viaduc de Millau

En fait, aujourd'hui, je reviens en arrière ! C'est-à-dire qu'avant d'arriver à Conques, nous avions fait une halte dans la petite ville de Millau, en contrebas du célèbre viaduc.

Le patron du snack où nous nous sommes arrêtés pour manger un morceau était très sympa... mais n'avait pas le moral !

"Depuis que le viaduc existe, nous a-t-il dit, ici en bas, il n'y a plus personne qui passe, à part quelques touristes l'été..."

Oui, nous comprenons mais difficile d'aller contre le progrès... Nous-même, forcément, après le détour, nous sommes remontés pour l'emprunter ce fameux viaduc !

Impressionnant...

Et puis, en cette fin d'après-midi du 18 août, avant de découvrir Conques, les "filigranistes" devaient se retrouver à Montignac, où la plupart d'entre nous étaient logés.

Une petite route en lacets qui grimpe sur la colline et voici le hameau.

Le hameau de Montignac, la chapelle et notre maison d'hôtes
Le hameau de Montignac, la chapelle et notre maison d'hôtes
Le hameau de Montignac, la chapelle et notre maison d'hôtes
Le hameau de Montignac, la chapelle et notre maison d'hôtes

Le hameau de Montignac, la chapelle et notre maison d'hôtes

Pierre et Cathy (Filigranes) sont déjà là, nous faisons connaissance avec les propriétaires du lieu : Mauria et Ger. Un peu plus tard arrivent Michèle et Teresa ; ça fait un peu bizarre pour les filigranistes de se retrouver dans un environnement différent de notre lieu habituel des séminaires d'écritures, c'est-à-dire Aubagne !

Enfin Michel Neumayer (directeur de la revue) et Françoise nous rejoignent avec Christiane et Claude : nos conquois !

L'Homme qui m'a servi de chauffeur et qui, accessoirement, est mon mari ! voit passer Ger avec du pain et immédiatement a envie de savoir qui l'a fabriqué...

C'est ainsi que nous allons tous nous retrouver, avec le boulanger mais qui aussi paysan, devant le four à bois. Car, non seulement Ger fait le pain mais auparavant, il a cultivé, récolté, et fait la faine (blé, seigle).

Au bout d'un escalier et d'un chemin étroit, le four à pain - Michèle et "le boulanger" - des pains avant cuisson
Au bout d'un escalier et d'un chemin étroit, le four à pain - Michèle et "le boulanger" - des pains avant cuisson
Au bout d'un escalier et d'un chemin étroit, le four à pain - Michèle et "le boulanger" - des pains avant cuisson
Au bout d'un escalier et d'un chemin étroit, le four à pain - Michèle et "le boulanger" - des pains avant cuisson

Au bout d'un escalier et d'un chemin étroit, le four à pain - Michèle et "le boulanger" - des pains avant cuisson

Ma foi, on peut dire que cette prise de contact avec l'Aveyron a été instructive ! mais aussi bien chaleureuse et conviviale puisque nous avons fini la journée, dans la salle à manger de notre maison d'hôtes, devant un poulet, élevé, abattu, plumé, et cuisiné par Mauria !

Les écritures ? Ce sera pour demain.

Conques : université d'été de Filigranes - 2
Conques : université d'été de Filigranes - 2
Conques : université d'été de Filigranes - 2
Conques : université d'été de Filigranes - 2
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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 19:05
Sur la route vers Conques : le viaduc de Millau

Sur la route vers Conques : le viaduc de Millau

C'était une première, un "grand séminaire" de Filigranes à Conques. Moi, j'ai rebaptisé la chose "université d'été" de Fili !

Du 18 au 22 août une dizaine d'entre nous se sont donc retrouvés au village médiéval pour une expérience magnifique d'écritures partagées, de visites urbi et orbi puisque nous nous sommes rendus en choeur, samedi matin, au musée Soulages de Rodez, et aussi d'étonnantes rencontres avec de vrais personnages des environs.

Mais pourquoi Conques, vous demanderez-vous ? C'est une bonne question ! La réponse : Christiane et Claude, deux filigranistes qui ont choisi d'habiter l'étape du chemin de Saint Jacques de Compostelle depuis une dizaine d'années et qui ont créé "la grange à palabres" : un lieu qui pouvait nous accueillir... pour nos palabres !

Pour notre habitat du soir, nous étions logés à deux kilomètres de Conques dans le charmant hameau de Montignac dans les typiques chambres d'hôtes de MaurIa et Ger.

Conques, la grange à Palabres...
Conques, la grange à Palabres...
Conques, la grange à Palabres...

Conques, la grange à Palabres...

Mes premiers pas dans le village médiéval me procurent d'emblée un choc : c'est comme un saut dans le temps !

Déambulations, écritures... dans une atmosphère propice au recueillement. Que de sérénité et de silence. Je réalise soudain que cette année, où je n'ai pas fait de séjour à Hauteville : l'ashram d'Arnaud Desjardins, voilà que se présente un lieu et des conditions de méditation très différentes et en même temps bien proches...

Conques : l'université d'été de Filigranes !
Conques : l'université d'été de Filigranes !
Conques : l'université d'été de Filigranes !
Conques : l'université d'été de Filigranes !
Conques : l'université d'été de Filigranes !
Conques : l'université d'été de Filigranes !
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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 07:10
Couverture N°93 (graphisme Anne-Marie Suire)

Couverture N°93 (graphisme Anne-Marie Suire)

A TAAAAAAAAAAAAAAAABLE !

 

- A taaaable !

C’était un hurlement d’adolescente, l’accent : étranger, rauque

chantant et gai.

- A taaaaaaaable !

Les deux mots avaient tangué, vibré, avant d’éclater en pièces détachées. Rires ! mais aucun effet ! Alors le cri avait redémarré, enflé, explosé en feu d’artifice :

- A taaaaaa-aaaaaaaaaaaa-bleeeeeeeeeee-eeu !

Ce cri, surgi d’une nécessité, allait revenir avec constance durant tout le séjour de mes chères cousines. Un appel repris en chœur, repas après repas. Sans avoir conscience qu’il allait passer dans l’histoire familiale, point d’exclamation d’un séjour inoubliable, synonyme d’un partage magnifié.

Il faut du temps pour bâtir des temples et des légendes.

Et pour écrire sur cette clameur, mon cœur, combien d’années ? Le temps d’oublier avant de se remémorer, un jour, allez savoir pourquoi ! Nos souvenirs ne nous appartiennent pas, font ce qu’ils veulent et surgissent au moment où l’on s’y attend le moins.

Là, tout de même, au deuxième ou au troisième appel, les convives prenaient place. Echanges de pensées, frôlements d’âme, assiettes vides. Que me reste-t-il des mets partagés et des phrases croisées ? Je note…

Toi : découverte

Elle : repue

Nous : contentement

Vous : rieurs

Tous : communion

Moi : mission accomplie

 

Il y avait entre nous des frontières géographiques

Il y avait entre nous tellement d’amour

Et un même soleil et la bleue Méditerranée

Et des dissonances d’accents à moquer

Et davantage encore, tellement d’avantages

dans nos différences.

 

Déjeuner terminé, fauteuils clignant de l’œil, c’était direction salon, pour le café et les gâteaux, façon Orient. Mais quel sujet de conversation ? L’innommable passé, les drames récents, les guerres à venir, l’apocalypse qui prend son temps ?

Certainement, nous devions avoir, encore une fois, refait le monde ! Et probablement discouru sur la vie la mort, les religions, le bien le mal, tout ce qui fout le camp et tous ceux qui n’étaient déjà plus là.

A coup sûr, mes cousines avaient confié leur incertitude du lendemain dans un pays entouré d’ennemis ; insisté sur l’absolue nécessité pour le peuple « élu » revenu de l’enfer de persister à vivre sur un sol mémoriel et nous avaient interpellés sur la croyance « du rôle particulier dévolu au judaïsme. » [1]

Pourtant, c’est étrange non ? je ne me rappelle que d’un cri ! Pas de guerre, pas de peur, pas de colère ni de douleur, juste un cri de ralliement ! Qui me plonge dans la nostalgie et met des larmes dans mes yeux.

Tant de discours majeurs, de paroles fondamentales sur la planète, depuis le premier mot prononcé par l’homme, et moi, avec ce : « à table ! » Est-ce bien sérieux ?

Mais qui demande de la gravité ? A me pencher sur ce passé, je me souviens. De notre liberté, ultime politesse, privilège, pied de nez à la mélasse, je me souviens que nous choisissions, avec excès, une opulente légèreté.

Épilogue :

 « Nous sommes nés les uns pour les autres.»

(Marc Aurèle - 121 -180)

 

Jeannine Anziani

(publié dans le N°93 de la revue d'écritures Filigranes)

http://www.ecriture-partagee.com

 


[1] Jean-Christophe Attias

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 08:49

Le dernier numéro (N°92)  de la revue Filigranes, vient de paraître. Triste coïncidence, à l'intérieur du numéro, mon texte sur la thématique Coûte que Coûte fait allusion aux attentats de Paris.

Or voilà que je le poste sur ce blog le lendemain des attentats de Bruxelles.

L'horreur continue...

Au sujet de Filigranes, je ne répèterais jamais assez : la revue, îlot d'humanité, et nous en avons plus que jamais besoin en ces temps troublés, propose depuis trente ans des séminaires gratuits trois fois par an à Aubagne. "C'est là que s'élaborent les choix éditoriaux contribuant à enrichir la réflexion de chacun au sujet de la création contemporaine."

Filigranes n'a JAMAIS fait appel à subvention ni quelque aide que ce soit, mais a simplement BESOIN d'abonnés pour continuer à vivre.

N'hésitez donc pas à venir nous rejoindre, à participer en envoyant un texte sur le prochain thème : Matière à écrire ou soutenir ce beau projet qui perdure en vous abonnant :

www.ecriture-partagee.com

S'abonner à Filigranes : 4 numéros 30 € !

Le banc de la Corniche (Marseille)

Le banc de la Corniche (Marseille)

« Avant l’aube, un chien aboie,

les anges commencent à chuchoter. »

Max Jacob

 

Rouge le ciel ce soir : va faire beau demain.

Et l’air : si léger, si tendre, si compatissant.

Et lui… lui ? Il a l’impression que son cœur est enfermé à

triple tour dans un cercueil de plomb. Aussi, il s’est laissé

tomber sur le banc de ciment dans l’éther translucide et

apaisant. Il pense à l’aile d’un ange où se pelotonner.

Pouvoir dépasser les effroyables images de ces morts

injustifiées et brutales, le cauchemar incompréhensible de

ces derniers jours, l’absolue terreur, la peur, les barbares.

Mal partout.

Pouvoir vomir sa bile et son effroi.

Machinalement, il consulte le cadran de sa montre.

Aïe ! il devrait… quoi. Il devrait quoi ?

 

L’azur rougeoyant, l’atmosphère diaphane, le crépuscule

maternel et lui avec sa peine dévastatrice échoué sur son

banc de ciment en surplomb de la mer ; le banc le plus long

du monde, mentionné dans le guide des records !

Une pause, après l’horreur indicible.

S’absenter, du monde et de la fanatique folie meurtrière

de quelques hommes, car oui, l’humanité engendre aussi des

monstres.

 

Inspirer les effluves iodées jusqu’à l’ivresse.

Pourtant il devrait… il faudrait… chut !

Parce que demain, allez savoir, peut-être boum !

Ou tacatacatac et, terminé ! Alors… stop, la pression,

le rôle à jouer ; s’emparer sans remords de la douceur

qui passe. Puis zut ! même pas envie de dissimuler

l’émotion envahissante.

Devant lui, la mer finit d’avaler le soleil dans le boucan

des goélands qui s’interpellent, des hommes et des femmes

courent dans la travée.

Derrière lui, les vibrations des voitures qui poursuivent leurs

trajets sur la large et sinueuse Corniche.

La vie insiste, sans violence.

Une gracieuse jogueuse aux longues mèches bleues,

portable à l’oreille, pile brusquement à sa hauteur,

répétant sans arrêt d’une voix suraigüe :

- Tu es où, tu es où ? je n’te vois pas ! tu es où, tu es où,

mais tu es où ?

 

Respiration bloquée, lui songe : « certains ne seront plus

jamais là… »

- Mais tu es où ? je n’te vois pas !

 

Subitement, sous ses larmes, une irrésistible et comme

salvatrice envie de rire, il hésite cependant à apostropher la

fille aux mèches bleues :

« Ouh ! Ouh ! Moi, je suis là !!! »

 

Moment précis que choisit sa montre pour tomber sur ses

cuisses, une petite vis détachée… Ah ! un signe ? Rester,

entamer un dialogue avec cette inconnue présentée par le

hasard ou se raccrocher à son fil d’Ariane, sortir de

l’angoissant labyrinthe imaginaire et faire confiance à son

destin ?

 

Son regard s’éloigne vers l’horizon, l’île du Planier où le

phare s’allume à l’instant et commence à projeter ses

rayons de miel.

Intense, la vie persiste.

Tiens ! Et la lune ? Où est la lune en ce prélude à la nuit ?

Par tous les diables et tous les saints, par tous les dieux

et tous les chiens, qui a piqué la lune ?

 

Jeannine Anziani

Coûte que Coûte
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 16:24

Il y a quelques jours, mon premier cadeau de Noël dans la boîte aux lettres ! "Mon" Filigranes !  Soit le numéro 91 (je suis certaine que vous ne réalisez pas l'exploit de la petite revue d'écritures qui persiste depuis plus de trente ans).

Pour rappel, la thématique en cours sur trois numéros est "Cela n'a pas de prix". Ce numéro 91, lui, aborde le côté "Ecriture, domaine public.

1ère partie : Place publique, page 14 : Sous le cabanon, pas de plage...

 

Ecriture, Domaine public

 Sous le cabanon, pas de plage

 

Comme unique bagage : un stylo bille.

Au bout de l’encre, l’aventure.

Les mots… à ma rencontre ?

Mon corps vibre légèrement : « attention au départ ».

Risque, risque…

 

A première vue, la chose peut paraître dérisoire à l’échelle

des évènements qui secouent notre planète. Mais le premier

signe tracé sur la feuille quadrillée est comme le premier

pas sur un sentier inconnu. Partir… bille en main, à la

découverte. Peut-être, se découvrir…

 

Sans céder au découragement, avancer pas à pas,

dans la jungle des mots.

Adjectifs hostiles, verbes récalcitrants…

Jusqu’à l’obstacle infranchissable.

Les pensées refusent de faire leur boulot, empruntent

des chemins de traverse, batifolent à mes dépends !

Et mon stylo reste en plan.

 

« Ah ! Tirez-moi d’inquiétude ? En un mot, qui êtes-vous ? » 1

 

Marivaux, c’est un jeu.

Mais il me faut un mot, un seul fera

l’affaire, pour commencer.

 

Cabanon.

Attention, déboulent les images à fabriquer les phrases.

C’était « notre » cabanon, tel un minuscule éclat d’été grec

accroché à son rocher.

 

Ataraxie.

Le trouble, justement, je suis en plein dedans. Le

pittoresque cabanon va être détruit, implacable loi Littoral.

 

La tribu rappelle ses souvenirs et disperse le mobilier. Tu

prends ceci, je récupère cela. Le tour de la cheminée en

bois sculpté ? On le donne à Dominique.

La maisonnette se vide comme si elle perdait son sang.

En vérité elle perd son sens.

En vérité c’est toute l’ambiance de l’Anse qui s’en va,

un patrimoine qu’on explose.

 

Oui, les maisons meurent aussi.

Place au plus grand dénominateur commun.

 

Epitaphe :

Ici a vécu une famille heureuse.

 

Déjà, d’autres personnes viennent tracer des tags lépreux

sur les murs blancs et les Affaires Maritimes, après sondages

au burin, ont tapissé de gravats le carrelage azur

de la terrasse.

 

Bientôt la roche dénudée.

 

Jeannine Anziani

Ecriture, Domaine public
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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 08:31
Queue d'poisson (Hors de prix - Filigranes)

Homme, Homme, j’ai tellement besoin de croire en toi.

Sinon, à quoi bon continuer à raconter des histoires…

 

Queue d’poisson

 

C’est l’histoire d’une queue d’poisson !

Qui fit partie d’un thon.

Pêché entre Corse et Continent.

Sur un long voilier blanc.

Mais joli voilier s’en est allé.

Surnagent dans les albums, dans les cadres d’argent,

quelques images de bonheur outrecuidant.

Apprivoiser le temps qui passe et creuse des sillons

au coin de nos yeux.

La nostalgie est un sentiment d’un luxe inouï.

 

La queue de poisson, elle, s’est desséchée sur le rebord

de la hotte dans la cuisine.

Vestige de la bataille entre l’homme et l’animal,

une queue… à deux ailes pour s’envoler

dans ses souvenirs.

Au départ, il y avait eu du Bleu

Partout, dans l’azur, sur la mer, au fond de nos prunelles.

C’était un bleu de grande espérance.

Ah ! si, si… ce putain de moulinet de la canne à pêche

pouvait se mettre à tintinnabuler… Il avait fini par tinter

au crépuscule, sous une boule d’or plongeant dans l’eau,

le vent qui se voulait tendre et complice, le bruit

des vagues qui se faisaient légères.

 

Après, il y avait eu du Rouge

Rouge sang. Du sang partout.

Et le regard du beau poisson que le pêcheur doit achever…

combat inégal entre la bête sacrifiée et l’homme

tel un dieu ordonnateur.

La vie, la mort.

 

Rappel des traversées, des montées d’adrénaline.

Rappel paré de mesquinerie, comptable avaricieux

des choses perdues pour toujours :

la chaude saveur iodée des étés,

la ligne tenue de la côte qui apparaît sur l’horizon,

les paysages retrouvés tels de vieux amis,

les paysages inconnus vaguement inquiétants.

 

Tout ce qu’on a chéri. Tant, tant, tant.

Ma mémoire se voile de noir.

Tellement qu’on ne vendra jamais aux enchères :

le son d’un maillet sur un gong, une caresse de ma mère,

un coup d’œil échangé sur un bout de quai ;

les voix de ceux qu’on a aimé, évaporées

comme les volutes des cigares de mon oncle.

 

Soudain, fantomatiques, flottent dans l’air la fragrance d’Habanita,

l’arôme du pistou fraîchement ciselé,

le sourire de mon père...

Jeannine Anziani

 

Publié dans le N° 90 de la revue d'écritures Filigranes

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  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
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 Phocette, la petite souris marseillaise (Editions de l'Hippocampe)

 

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