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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 14:40

Noël est tout à fait une époque de métamorphose. Un sapin, une crèche, une nappe blanche, des couverts en argent, des verres en cristal et la maison se transforme, devient un peu féérique.

Y compris nous, en habits de dimanche...

Mais si le titre de cet article est : "Le temps des métamorphoses 1", c'est pour une autre raison.

La cause... au numéro 81 de la revue Filigranes www.ecriture-partagee.com qui vient de paraître, dont c'est la thématique qui sera déclinée sur trois numéros (l'année 2012).

Pour celui-ci, le sous-titre étant : "D'une forme l'autre", j'avais écrit un premier texte. Puis, j'en ai écrit un autre que j'ai préféré. C'est d'ailleurs ce deuxième qui a été retenu et publié dans la revue, je vous le posterai demain. Voici le premier.

 

Marseille 024

 

Turquoise

  

Tendre et délicat comme un nuage bleuté, éclaboussant de couleur la pénombre fraîche du salon clos derrière les persiennes, la mère de famille dépose doucement le coupon de mousseline aux reflets nacrés, sur l’accoudoir d’un fauteuil :

-          Un peu irréel non ?

L’aînée des filles, prunelles qui pétillent, sourit : le tissus turquoise est destiné à se transformer en robe pour aller danser, au bal de fin d’année de l’école de son fiancé.

Les trois sœurs s’avancent alors, aucune n’osant encore toucher l’étoffe couleur lagon des mers du sud.

-          Ça va s’accorder à tes yeux, dit la brune benjamine.

-         Moi, ça m’fait penser à une tenue de la reine d’Angleterre, ajoute la seconde, facétieuse !

La blonde aînée lui lance un coup d’œil furieux, se tourne vers sa mère :

-          Maman, tu as super bien choisi, j’adore !

 

Le lendemain matin, les filles parties, la plus grande à son boulot d’esthéticienne, les plus jeunes au collège, la maman sort la machine à coudre du placard de sa chambre. Telle une relique sainte, elle la transporte ensuite, l’installe sur la table de la salle à manger. Zut ! Où a pu se glisser "le patron" de la robe : un modèle droit style charleston au décolleté carré et à fines bretelles ?

Tellement passé de main en main, le prototype en papier !

Buffet, commodes, l’obèse armoire provençale, Hélène ouvre des tiroirs… puis, dubitative, se rend dans la cuisine. Un coin de la feuille dimensionnée apparaît sous un hebdomadaire posé sur le vaisselier… Elle va pouvoir commencer.

Hélène attrape la mousseline transparente, d’un ample mouvement la déploie sur la table du séjour, la lisse lentement du plat de la main droite, le toucher, sensuel, la fait frissonner. Elle déplie la doublure en taffetas légèrement plus verte, attrape "le patron", des épingles, les ciseaux, un bout de craie blanche.

L’horloge tourne, la machine « à en découdre avec la vie© » entame son cliquetis. La couleur, enchanteresse, fait affleurer les souvenirs.

Turquoise… semblable à l’océan bordant la plage d’enfance, là-bas, trop loin, dans l’île noire où elle avait grandi, petite-fille blanche.

Turquoise, son premier chemisier façonné au pensionnat.

 

Mais, un soir, un grand bateau l’avait emmené, à jamais, loin de son île sublimée et du statut privilégié.

Et l’alchimie de la vie avait transmué l’apprentissage en nécessité. Alors, d’ourlet festonné en boutonnière, se travestir en couturière, lui avait procuré, imprévue, une sensation délectable et forte, comme les tasses de café turc dégustées au fil des ouvrages.

Elle disait fièrement :

-          Je mets des vêtements au monde !

Sa voisine commentait :

-          Hélène, vous êtes une véritable magicienne !

Sans baguette ni chapeau pointu, l’impression voluptueuse d’un tour de passe-passe jaillissait effectivement à chaque rendez-vous du fil et de l’aiguille :

« Rose vichy, transforme-toi en… jupette à plis ! » ou « tweed à chevrons, deviens manteau et capuchon ! »

 

La robe charleston commence à prendre forme… Hélène chantonne.

Ce soir, en revenant de son institut de beauté, sa grande fille aura son premier essayage.

 

 


© André Breton

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 17:33

 

A chaque saison, son séminaire Filigranes !

Bon, aux habitués du blog, je ne vais plus présenter la revue d'écritures, aux autres, il reste la solution : www.ecriture-partagee.com.

Tout ça pour dire qu'hier j'étais aux Espillières, à Aubagne, pour un Filigranes automnal.

Ciel gris mais grand plaisir.

 

Avec le prochain numéro, le N° 81 de la revue, va démarrer une nouvelle thématique :

Le temps des métamorphoses qui sera décliné sur trois numéros.

D’une forme, l’autre est le volet 1.

D’une forme, l’autre.

Alors, la virgule, vous l’avez remarqué ? Petit-seminaire-2011-016.jpg

Parce que c'est l'histoire d'une virgule...

 

Question d'Odette Neumayer, directrice de la revue : pourquoi avoir mis une virgule entre forme et  l'autre ? Ah, ah ! Voilà le défi, la virgule →  rupture ou évolution ?

That is the question !

Qu'allait-on faire de cette virgule ? Comment l'interprêter ?

Le matin, chacun chacune avait commencé à travailler un texte sur le thème. Le mien parlait de mer, de bateaux et d’éléments changeants.

Cette virgule, je l’ai vu comme une respiration.

D’autres ont dit : « la virgule ponctue une continuation.. »

Moi, je suis repartie dans mon récit au milieu duquel subsistait un élément de stabilité.

 

En surimpression j’ai pensé à un tremblement de terre, un village effondré où seul le clocher n’aurait pas bougé.

Ou à la crue sur Vaison-la-romaine emportant voitures, camions, gens, maisons… et où seul le pont romain a résisté.

De quel point de vue nous plaçons-nous ? Sommes-nous la voiture emportée par la rivière ou le pont qui voit passer sans broncher sous ses arches la voiture ?

Intéressant, le point de vue.

N’empêche que, plongée en situation, nous n’avons pas toujours le choix.

 Certes, mais si nous POUVIONS choisir ? Quel choix ferions-nous ?

 

C’est l’histoire d’une virgule qui m’a emmené dans une drôle de direction !

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 12:45

 

Paru dans le N° 80 (juin 2011) de la revue Filigranes - L’imaginaire des frontières 3  - Passer Outre 

 

6108775220_09607dc85c.jpg

 

Vers l’ailleurs

 

Elle se demande, si elle va trouver le courage.

Dans son pays, aucune femme ne quitte son mari, ni ne divorce. Répudiée oui, mais pas divorcée.

Elle, déjà trahie, trop tôt vieillie, lassitude à fleur de peau, salissure sous la peau. Fleur à peine éclose et soudainement fanée ; libellule aux ailes coupées.

S’envoler ?

Haut, loin, de cette demeure honnie, rêve la fragile prisonnière depuis le jour fatidique de la funeste alliance…

Mariée, cloîtrée, au propre et au figuré. Seul compagnon d’infortune, caché au fond d’un coffre, UN livre enveloppé dans un tapis de prière. Nuit après nuit, à la lueur d’une bougie, évasion veloutée, elle en parcourt les pages.

Et au matin :

- Pourquoi son père l’a-t-il envoyé à l’école apprendre à lire et à écrire ? Sans ce bagage, trésor enfoui à l’instar du livre interdit, elle se contenterait de son sort…

Maudite famille qui l’a vendu comme vulgaire marchandise. A treize ans, on obéit à ses parents, dans son pays. Probablement ailleurs dans le monde aussi. Mais ailleurs, elle ose croire que des parents ne cèdent pas leur fille, contre un bel avantage financier, à un vieux veuf vicieux et fortuné, despote atrabilaire au regard sournois.

Le temps… perfide ennemi qui la maintient en sursis à surveiller les traces de sang mensuelles. Un premier enfant et le piège se refermera sur l’horizon.

Une femme ne divorce pas dans son pays et sa gorge se noue.

Mais des fois, dans la vie, on croise des génies comme dans les contes lus à l’école. Il y a un mois, elle s’est cassée le bras. Sa mère est venue la chercher, l’a emmené à l’hôpital. Là, au milieu de tout le malheur du monde, un génie compatissant, sous l’apparence d’une tante maternelle, lui a fait une proposition.

Ne pas regarder en arrière.

Elle se demande, comment elle va trouver le courage. Se déguiser en garçon,  suivre son cousin, monter dans un camion. Rester dissimulée sous une bâche pendant plusieurs jours face à la peur, la faim, le froid, la soif. Pour seul talisman, son livre secret, au fond de sa maigre besace. Elle ne sait même pas exactement ce qui l’attend là-bas, de l’autre côté de la frontière, si ce n’est qu’il lui faudra travailler pour rembourser le prix du dangereux voyage.

Elle sait juste ce qu’elle ne veut plus, plus, plus, plus, plus… et le mot résonne tel le bruit de trop rares gouttes de pluie.

 

 

 

 

 

 

La pluie le frappe en pleine figure.

Il se demande ce qui lui a pris de participer à cette expérience de l’extrême ! De courir ainsi, dans une aube glauque, le long d’une frontière fictive, en compagnie d’autres amateurs de sensations fortes, de se jeter à plat ventre. De vivre « le grand frisson de l’aventure réelle ». D’avoir payé pour patauger dans la boue sous les hurlements de faux policiers. La pub disait : « vous comprendrez ce que cela représente de traverser une frontière… »

Se distraire de cette manière d’une existence sans discordances dans son vaste pays sécurisé n’était pas forcément une géniale idée…

Il soupire : vivement ce soir, une longue douche chaude, son canapé moelleux et un grand verre de whisky devant la télé !

 

Jeannine Anziani

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 14:07

 

Le N° 79 de la revue Filigranes www.ecriture-partagee.com vient de paraître. La thématique travaillée sur l'année, donc sur trois numéros : L'imaginaire des Frontières.

Après L'imaginaire des Frontières 1 du  N°78 Histoires de Papiers nous voici sur L'imaginaire des Frontières 2 avec Entredeux (le presque et déjà plus - Zones floues - La démarcation...)

Et, comment dire ? C'est toujours avec une certaine fierté que j'y retrouve le texte que j'ai proposé. 

C'est que depuis 2003, date à laquelle j'ai envoyé pour la première fois un texte, la revue les a TOUS pris mes textes ! Ma foi, être fière d'avoir été sélectionnée n'est pas honteux non ?

Bon, c'est pas tout ça, allez zou, voici le texte en question. Euh... peut-être certains reconnaîtront...

 

Fili-a-la-mediatheque-avril-2011-012.jpgTraverser le gué

 

(…) qu’il n’y ait plus d’autre alternative que le risque (Yvan Amar)

 

J’étais passée à plusieurs reprises sur la placette sans jamais vraiment remarquer, dans un renfoncement, la devanture étroite du café-concert associatif à l’enseigne pourtant peinte en lettres vermillon sur fond jaune impérial.

Et voilà qu’un certain soir, totalement mal à l’aise j’en avais poussé la porte tout en m’assenant intérieurement un joyeux bordel de grossières invectives !

« Mais qu’allais-je donc faire dans cette galère ? »

Une jeune-femme aux longs cheveux raides, très blonds, perchée sur d’affolants hauts talons, aux yeux d’un bleu très clair et à la très courte jupe m’avait accueilli d’un sourire compréhensif en me tendant un verre de blanc.

Bienvenue au pays du slam où j’entrais comme on se jette à l’eau.

 

Tous les lundi, plus tout à fait dans ma ville ni dans mes habitudes, me voici nouvelle venue, immigrante sur une terre inexplorée. Etrangeté mais pas étrangère dans ce local en sursis.

Me tombe dessus une sensation bizarre : femme folle, vire vole que fais-tu là ?

Je viens m’habiller de quelques mots, poèmes poésies et tempo.

Habiter fugaces et délicates heures inédites, inaccoutumées.

Je traverse le gué « oyez, oyez. » 

Etat ? Bancal ! Comme essoufflée d’avoir trop couru.

Habitants ? Des gens autrement.

Nos différences, nos divergences, assurément.

Mais resserrer nos distances sans discordances

S’apprend.

Chacun, chacune, sa feuille à la main ou déjà ses paroles par cœur.

Chacun, chacune, pour clamer, chuchoter, slamer.

Là est le problème. Oser, la voix haute.

Table de mixage, divans affaissés, petites tables disséminées, fauteuils fanés. Ambiance ? Vaguement boîte de nuit ; poster géant de Joey Starr…  projecteurs.

Une scène.

Répétitions ! Allons, allons, avec musique, sans musique, avec micro - sans micro, faire résonner nos écritures ; prêtons tour à tour une oreille attentive et écoutons avec application des indications.

Parce que, in fine, arrive LA soirée. LE public.

Slams d’anthologie ou ratés ;  slameurs déchaînes ou désespérés.

Je suis au milieu du gué « oyez, oyez » et je doute.

 

Toute plissée, ratatinée, en juvénile arrière grand-mère (oui, grand-mère c’est déjà fait) me serai transformée. Assise au coin du feu, les nuits d’hiver, pieds devant la flamme, légers atomes flottants dans la fumée : a-t-elle réellement existée cette période décalée où le slam, tel du lierre sur un mur, avait fini par s’accrocher sur mon cœur ?

Brumes floconneuses de nostalgie.

Les scènes ouvertes, le léger mal-être avant la prise du « mike ».

L’art et la manière de lâcher son « flow » et la jubilation les soirs d’inspiration.

Peut-être n’était-ce qu’un mirage…

L’ai-je vécu ce partage… des canettes de bière, du trac et des rimes ?

Et ces pseudonymes….

Emotion, émotion. Je fermerai les yeux.

Et là, subitement, dans l’air une vibration. Alors, tel un bel oiseau multicolore et bavard se posant sous une lune rousse dans le micocoulier voisin, resurgira l’absolue et voluptueuse sensation de liberté.

« Oyez, oyez » J’étais au milieu du gué et il fallait arriver de l’autre côté.

   

 

Publié dans le N° 79 de Filigranes-  L’imaginaire des frontières 2

Entre-deux

  

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 16:42

   

Un fil rouge… un vert, un bleu. De séminaire Filigranes en séminaire Filigranes, depuis bientôt dix ans, je tisse ma tapisserie d’humanité.

Hier dimanche, un fil de plus !

« Fili ? Ce n’est pas un groupe indifférencié mais une personne + une personne + une personne… »  a dit Nicole ; mais pas Nicole Ferroni pourtant connue  grâce à Fili. Non, une autre Nicole !

« Fili fait réfléchir » a ajouté Arlette.

« On crée de l’humanité » a souligné Teresa. »

 

Exact, Filigranes, c’est tout à fait cela mais aussi bien d’autres choses. Encore un propos : « On problématise ce qu’on est en train de faire » (une autre Nicole, ben dites donc que de Nicole !)

 

Seminaire-de-Printemps-2011-011.jpg

 

Et voici, ci-dessus, par quoi commence la revue : le choix des textes arrivés de tous horizons. Tous ne seront pas pris,mais tous seront lus ! Il faut dire que certains textes reçus n'ont rien à voir avec la thématique du numéro, d'autres sont baclés, mal écrits...

Mais enfin, depuis vingt sept ans, vous imaginez, vingt-sept-ans, la revue existe...

www.ecriture-partagee.com

Et si sur le site, vous vous baladez dans les "chantiers", devinez un peu qui vous allez y retrouver ? Je vous laisse regarder...

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 12:59

   Petit-seminaire-2011-016.jpg 

Samedi – dimanche, j’étais aux Espillières Samedi in "Fili" à Aubagne pour « le petit séminaire » annuel de Filigranes.

  

Ce "petit séminaire" est différent des autres. Ces deux jours-là, nous ne venons pas pour la revue mais... pour nous ! Dans une atmosphère studieuse et chaleureuse chacun arrive avec un projet perso d’écriture. Des projets très différents les uns des autres. Une telle va préparer ses cours pour la fac, une autre l'écriture d'un court métrage, une autre encore va en profiter pour des lectures en retard.

 

Chut ! Silence !

Ici on écrit… on lit... on va se promener sous les grands pins, on joue (Grégoire 11 ans) avant d’écouter une fois dans la journée le passage à haute voix d’une écriture.             

 Petit-seminaire-2011-011.jpg                                                                Mais ici on mange aussi ! Et on trinque !

Dimanche Odette Neumayer (directrice de la revue) nous a préparé une tournée générale de crèpes ! Nous étions seize tout de même...

 

Bon ! Une fois de plus j’insisterai lourdement  sur le fait suivant : aller vite voir le site de Filigranes (refait à neuf) www.ecritures-partagee.com, abonnez-vous à la revue, envoyez vos écritures en accord avec les prochaines thématiques !

Filigranes ? Un condensé d'humanité. Un miracle de partage. A ne pas laisser passer.

 

 

 

 Et voici Grégoire dit Grégoire Ier ! Le garçon a déjà été publié dans Fili ! Précoce et brillant et pertinent le gamin ! Ici, vous pouvez le voir en grande conversation avec Pierre (d'Avignon). Comme vous le voyez, tous les âges sont représentés cPetit-seminaire-2011-008.jpghez Filigranes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

   

 

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 14:13

 

Filigranes-018.jpgJ'ai connu Françoise Salamand-Parker en 2003 en "entrant en Filigranes". Il y a des écritures qui nous parlent plus ou moins, qui nous séduisent d'emblée. Dans le cas de Françoise, ses textes m'ont emballé tout de suite ! Quant à la personne... j'avoue humblement qu'il m'a fallu faire un effort. Non pas pour l'aimer mais pour la comprendre quand elle s'exprimait.

 

"Françoise est née en Australie en 1954. Américaniste de formation, elle a intégré l'École Normale Supérieure en 1975, puis vaincue par les tracasseries administratives qui l'on empêchée de passer l'agrégation et de rentrer comme chercheur au CNRS, elle est devenue conservateur de bibliothèque sans jamais cesser d'écrire....

Petit détail qui a son importance, elle est handicapée physique de naissance. Mais dans son amour des mots se transmet l'amour de la vie."

(extrait 4ème de couverture de La griote de Montpellier.

 

Maintenant, le mieux est de vous livrer un des textes du recueil. La griote de Montpellier (il n'y a pas de faute d'orthographe !) il ne s'agit pas ici d'une cerise mais du féminin  de griot ; est publié aux Editions Manoirante.

Pour le commander le mieux est de faire comme moi : FNAC. fr !!!

 

Filigranes-016.jpg

 

PAROLES DE PIERRE

 

Le chemin est long mais il y a la parole

Il me raconte des histoires

Et le chemin est plus court

Mes pieds s'accrochent aux pierres dures du sentier

Mais mon esprit est dans ces contes

Auprès de ce grand-père calme et sage

Qui fume devant sa case

En regardant grandir ses petits-enfants

Ce grand-père qui ne savait ni lire ni écrire

Mais qui connaissait tout les contes

Enfilés en perles

Par plusieurs générations

De grands-pères calmes et sages

Qui fumaient devant leurs cases

 

Le chemin est long mais il n'y a plus la parole

La voix calme et douce du griot est assourdie

Mes pieds s'écorchent aux pierres sèches

La parole a fait de l'homme un interprète un passeur

Mais il n'y a plus de parole

Il n'y a soudain sur le chemin que des cris

Cris de la populace en rage

Cris des enfants pourchassés

Cris des soldats qu'on a lâchés

Cris des hélicos violant le ciel

 

Je n'entends plus la parole du griot

Qui chemine à côté de moi

Il est tombé et de sa bouche d'or

S'envole un cri d'agonie

 

La parole a été assassinée

Comment alors sans paroles

Pourrons-nous alors nous parler

Et faire arrêter ces cris ?

 

Griote de Montpellier

Je reprends la parole

Tombée.

 

Françoise Parker

 

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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 09:25

 

Trois fois par an, je trouve une enveloppe marron dans ma boîte aux lettres. Je souris parce que je devine ce qu'il y a à l'intérieur : du plaisir.

A l'intérieur, il y a un exemplaire de la revue Filigranes. En l'occurrence le N°78 - thème : L'imaginaire des Frontières (le dernier prix Goncourt n'a qu'à bien se tenir...) et pour ce numéro-ci décliné en Histoires de Papiers.

 

Les textes, pour la plupart je les ai vu en préparation lors du précédent séminaire de la revue à Aubagne. Ensuite, je les ai relu lors de la correction orthographique et de la mise en page à Carnoux Un dimanche matin à Carnoux . Pourtant, ma revue à la main, je n'ai qu'une hâte, trouver un moment de liberté pour m'installer confortablement et l'ouvrir.

 

Filigranes.jpg

En fait, ce que j'aime par-dessus tout pour lire Fili, c'est le soir installée dans mon lit !

Ce qui est étrange ? A chaque fois je redécouvre les textes comme si c'était la première fois que je les avais sous les yeux.

D'autre part, je m'interroge : les mots prennent-ils de la valeur en étant publiés ? Deviennent-ils tout à coup plus crédibles ?

 

Pour lire Fili, j'ai une méthode ! Je commence par le début ! Étonnant me répondrez-vous !!! Pas tant que ça. Parce qu'en fait, on pourrait très bien lire la revue dans le désordre puisque les textes sont indépendants les uns des autres.

Si ce n'est qu'ils sont tout de même rangés en ordre de bataille dans des catégories.

Et là, pour le coup, vous n'imaginez pas la difficulté que les Filigranistes présents à ces fameuses séances de correction, ont rencontré pour trouver le bon nom à donner à ces catégories !

Dans ce numéro-ci nous avons : Eaux Fortes - Aux Confins - Inscriptions - Pluralités.

 

Maintenant, quand j'écris que je lis la revue dans l'ordre, il y a tout de même une exception. Je saute le Cursives qui se glisse au milieu des textes.

La rubrique Cursives consacrée à une interview déroule son entretien sur cinq ou six pages. Je la garde en réserve pour un soir de concentration.

Cette fois-ci, il s'agit d'un entretien avec Françoise Salamand Parker qui fait partie du collectif de Filigranes.

Françoise est handicapée de naissance et revient dans cet entretien sur les liens entre l'écriture et les épreuves de la vie. Son témoignage est magnifique et bouleversant.

Comme tous les Cursives, il sera bientôt en ligne sur le site de la revue :

http://www.ecriture-partagee.com

Je ne saurai trop vous conseiller d'aller le lire.

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 09:52

  

Ceux qui suivent mon actualité savent que je fais partie du collectif de la revue d'écritures Filigranes. Je vous ai souvent d'ailleurs parlé des séminaires organisés 3 fois par an à Aubagne, encouragé  à aller voir le site : www.ecritures-partagee.com  , à vous abonner à la revue, voire envoyer vos textes !

Le prochain numéro 78 (soit 25 ans d'existence...) ne devrait pas tarder à voir le jour.

La thématique déclinée cette année est L'imaginaire des frontières, le premier volet de cette série s'intitulant : histoire de papiers, j'avais écrit un... slam ! Puis un autre texte pendant un séminaire.

C'est finalement le slam qui a été choisi et qui sera publié, je vous livre l'autre texte :

  

 

3015234705_722c93dee8.jpg Il sort, j’entre…

 

Il sort, j’entre… enfin, je me prépare à entrer dans la bouche du métro en pensant : « j’entre dans l’antre de l’ogre » et, à cet instant précis, l’homme croisé la seconde précédente revient sur ses pas et me tend son ticket de métro tout en s’inclinant légèrement comme pour me saluer avec déférence. Machinalement je prends le p’tit bout de papier. L’homme sourit. J’ai le temps de noter la quarantaine alerte, le regard noir, un début de barbe naissante, déjà il est parti.

Dans le wagon, chance ! Une place assise est disponible, je m’installe et scrute le ticket donné. J’écarquille les yeux. Sur le ticket est écrit : « amie, je t’attendrai tous les jeudi à 17 h place des poètes. »

Je ne peux m’empêcher d’émettre un rire bref. Les gens d’en face relèvent la tête, le jeune d’à côté n’a pas bronché, baladeur MP3 branché sur les oreilles ! Je ferme les yeux, les rouvre, fixe à nouveau le message énigmatique : « amie, je t’attendrai tous les jeudi à 17 h place des poètes. »

Cette histoire est absurde ! En plus, je ne connais pas de « place des poètes » dans ma bonne vieille ville ; ça, j’en suis sûre ! Pas de place des poètes.

Et puis ce mot « amie »…

Quoi, ce mot amie ? Le mot amie est gentil.

Et l’homme était plutôt bel homme souffle le mental critique.

D’accord, beau mec et mot gentil. Ensuite, qu’y a-t-il d’écrit : « je t’attendrai… »

Comment ? Un type que je ne connais pas me tutoie ? Il aurait du employer le vouvoiement…

Mais qu’est-ce que je raconte ! Il aurait du… (il aurait pu…) Tsssssssssss. Aurait du, aurait pu n’e-xis-tent pas ! Voyons, j’ai déjà travaillé ça !

Je soupire, les stations défilent. Je tourne et retourne entre les doigts de ma main gauche… tiens… la main gauche… celle du cœur sussure mental critique. Je tourne et retourne donc le ticket messager : «…tous les jeudi… »

Tous les jeudi ? Tous les jeudi de toute la vie ?

Ce type est cinglé ! Oui, de toutes manières, il faut être fou pour faire un truc pareil ! Donner rendez-vous à une inconnue par l’intermédiaire d’un ticket de métro ! Ce type a vu trop de films d’espionnage ou a lu Perec ♣!

« 17 heures. » Il a écrit 17 heures.

Bien, cela signifie probablement que mon homme travaille…

- Tu as dit MON, tu as dit MON, ça y est, tu te l’es approprié, se moque le mental.

- Fous-moi la paix !

Voilà, je ne sais plus où j’en suis de ma réflexion à cause de ce maudit esprit moqueur ! Rrrrrrrrrrrrrr.

Donc, L’Homme travaille et n’est libre que le jeudi à partir de 17 heures. Ou bien le jeudi lui rappelle quelque chose de son enfance… ou bien il a songé à la semaine des quatre jeudi…

Alors d’accord : : « amie, je t’attendrai tous les jeudi à 17 h place des poètes. »

Sauf que c’est insensé, totalement insensé puisque place des poètes il n’y a pas !

A moins que… à moins que la place des poètes existe sous un autre nom… et qu’il l’ait rebaptisé ainsi.

Bravo ! Me voilà bien avancée ! Vais-je devoir arpenter toutes les places de la cité pour voir celle qui correspondrait ?

Mental hurle :

- Tu es entrée dans son jeu ! »

JE, grommelle : " j’ai le droit de rêver, d’abolir la frontière entre rêve et réalité… "



"Espèces d’espaces" de Georges Pérec                                                         

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:54

 

Dimanche dernier à Aubagne, séminaire de la revue d'écritures Filigranes Fili, Filigranes... et une consigne : écrire pour "les chantiers", voir www.ecriture-partagee.com.

Entre plusieurs propositions :

- vers ou prose, poésie, récit, textes hybrides...

- ébranler le sens du monde...

- rendre l'écriture visible, la réflexion, faire école, avec et contre quoi (le projet de la revue)

mon choix s'est porté sur :

 

Ebranler le sens du monde. Y déposer une interrogation indirecte par le biais de notre écriture. Mais il (l’écrivain) ne donnera pas sa réponse.

 

Toute petite… je suis.Filigranes-004.jpg

Mais…

Je possède un pouvoir ! Ah ah !!

Moi… connaître l’al-pha-bet, savoir faire des phrases.

Ecrire !

Ni, bien.

Ni, mal.

Peut-être vrai.

Peut-être faux.

Mais écrire je peux.

Partir à l’aventure.

Suffit d’une plume et d’une feuille. Et… hop !

Comme une bouteille à la mer mais je serais à l’intérieur.

Destination : inconnue. Durée du voyage : imprévus.

Mille choses à raconter après j’aurais.

Mille questions en sortiront.

 

Là-haut, dans le système solaire, les planètes ne changeront pas leur course sidérale mais ici-bas… qui peut dire ?

Quelques lignes, et une pensée fuse, l’esprit s’aiguise, le mental s’agite.

Cette éventualité est du domaine du possible.

Quelques lignes et le lecteur

T

O

M

B

E

en apesanteur.

Deux trois mots, des fois même pas beaux, juste sonnants et trébuchants pour voir

le monde autrement ?

 

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Blog Ribambelle D'écritures

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  • : Ecritures, lectures, autres slams et divagations par Jeannine Anziani alias Philomène
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  • En l'an 2000, j'ai décidé de changer de vie ! Disons, de me consacrer à ce que j'avais toujours rêvé de faire : écrire... Alors, depuis, j'écris... pour les grands et pour les petits !
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 Phocette, la petite souris marseillaise (Editions de l'Hippocampe)

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