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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 18:58

 

Dimanche ? Déluge sur le midi de la France !

Mais nous, bien à l'abri dans une salle du centre des Espillières à Aubagne.

Nous ? Les "filigranistes".

Les Filigranistes ?

Oui, une fois de plus je vous parle de ces gens qui se réunissent régulièrement autour et pour la revue d'écritures Filigranes.Filigranes-011.jpg

Une fois encore je ne saurais trop vous conseiller d'aller faire un petit tour sur :

www.ecriture-partagee.com

Le site a été refait il y a peu, d'ailleurs je l'avais signalé sur ce blog, et il s'enrichit sans cesse  : allez donc vous balader dans la rubrique "chantiers"... vous pouvez même exprimer votre avis.

 

"Le besoin d'écrire est une curiosité de savoir ce qu'on trouvera" (Alain)

 

Le philosophe a parfaitement décrit le phénomène, Enfin dans mon cas c'est tout à fait exact  ! 

Le besoin d'écrire est chez moi irrépressible et en même temps c'est un voyage vers l'inconnu !

Des fois je me contiens, je maugrée : à quoi bon...

Je n'y crois pas, ou plus, je doute, voire je me maudis d'être le jouet de cette envie !

Mouais ! Mais le désir revient et voici que presque malgré moi je prends un stylo... qui se met à courir, à courir sur des pages ou je m'installe devant mon ordi et je tape, tap-tap-tap...

"Ça" fonce, mais où  donc "cela" va-t-il me mener ?

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 06:53

Filigranes-013.jpg 

Samedi était un samedi Filigranes.

Entre la programmation de l'année future, les réflexions sur la thématique à venir : Frontières (déclinée sur les trois numéros), discussions et "discursions", lectures et corrections des textes du prochain numéro de la revue...

une consigne était tombée : « aujourd’hui est une journée particulière en Filigranes parce qu’on est ici mais ailleurs en même temps ».

Voici venu le temps de "l'écrire".

 

Ce matin la porte était grande ouverte, j’ai franchi le seuil du centre de loisirs en pensant :

 Filigranes-001.jpg

 

« j’entre à Filigranes ».

Dans le mot entrée il y avait en même temps comme retourner à l’école - ne serait-ce qu’à cause du lieu qui y ressemble un peu - mais il y avait aussi le verbe s’évader. Oublier quelques heures le  tintouin quotidien…

Le mot entrée promettait aussi plaisir futur mais aussi probable consigne d’écriture, c'est-à-dire contrainte, soit une vague appréhension. Est-ce que viendrait l’inspiration ?

Un peu plus tard je me suis assise devant une autre porte ouverte dans un rayon de soleil qui me tenait chaud dans le dos, mais question chaleur il y avait aussi la chaleur bienveillante du groupe et c’était bon.

Aujourd’hui était une journée particulière parce que j’étais ici et ailleurs en même temps.

L’embêtant étant qu’ici était déjà ailleurs ! Alors choisir un autre ailleurs. Aïe, aïe ! Où pourrais-je être ? Le choix était tellement vaste. Où où où ?

1ère idée : je pourrais… me trouver… sur le port de la Pointe-Rouge aux côtés de l’époux qui fulminait d’avoir été abandonné justement ce samedi où le nouveau vieux bateau était sorti de l’eau et qu’un boulot monstre à effectuer dans les plus brefs délais s’était révélé depuis trois jours !

Ma foi, cet ailleurs était par trop bosseur !

2ème idée : je pourrais… être partie en voyage dans un pays de mer et de ciel trop bleu. J’aurais laissé la mer, gardé le ciel, loué une voiture et filé à l’aventure.

Ceci à cause de cela : une histoire trottinant dans ma cervelle et assez obsédante en ce moment. Une sorte de parcours que je me suis promis de refaire à l’envers.

Première étape : O.K. effectuée en avril mais la deuxième s’estompe dans un brumeux lointain imprécis.

Voilà, j'y suis, cet ailleurs est le bon, pays où sont nés les dieux ! Je marche à présent dans cette ville inconnue mais tant rêvée. Je flâne, nez au vent, dans des rues résonnantes d’accent synonyme de récits mythologiques, d'ouzo et d'îles fantastiques. Tel un chien flairant sa piste, je cherche des traces…

Là, une vibration. Tiens, mon nom de famille de "jeune-fille" (sic !) est écrit sur la devanture de cette boutique. Forcément dans ce pays au ciel trop bleu, ce nom-là est courant.

Mon cœur bat plus vite...

 

Quoi que dit Odette ? Elle relit la consigne : 

« aujourd’hui est une journée particulière en Filigranes parce qu’on est ici mais un autre personnage ailleurs en même temps ».

Zut ! Je n’avais pas entendu « autre personnage » !

 Filigranes 003

 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 16:16

 

Trois fois par an dans ma boîte aux lettres une enveloppe marron : à l'intérieur le dernier exemplaire de la revue Filigranes. Mummmmmm... soupir de contentement. Filigranes, ma revue d'écritures bien-aimée.

Mummmmm, bientôt découvrir ou redécouvrir les textes choisis dans le précédent séminaire, mettre des visages amis ou inconnus derrière les mots lus, rien que du plaisir en perspective !

Ce numéro est le 76, il se place dans la thématique de l'année : Archives d'Avenir.

Le sujet de cet exemplaire-ci étant " Tapis de la mémoire", voici mon texte :

 

 

Sous les cyprès exactement

 

 

148613503_d9bbd5ec4b.jpgTénue, immatérielle, là pourtant, présente sans contestation possible. Pour m’en assurer je fronce le nez.

La senteur imperceptible et inconsistante devient vite plus pénétrante. Pour m’en imprégner je ralentis le pas.

Et mon regard rattrape le parfum, le fixe, voici la responsable, une haie de cyprès dont d’inconscientes branches rebelles s’échappent d’un treillage et m’obligent sur l’étroit trottoir à courber la tête.

Ma main attrape un brin vert, le détache du feuillage, le froisse dans la paume, je ferme les yeux. Déboule en accéléré sous la fragile fragrance à la fois fraîche et piquante une ribambelle d’images aux coloris intenses.

L’odeur suave envahie mon corps et mon esprit ; surgi un entre-deux, un entrechat, un entre chiens et loups où ma mémoire dentelée brusquement me restitue un pan de mon histoire. Sous le soleil pétant de ce début d’après-midi, soudainement, en retrait du temps, une pause se propose. Alors à l’aplomb des arbustes buissonnants, je me pose sur le muret sur lequel est fixé le grillage d’où s’échappent les branchages verdoyants.

Ma respiration se bloque, pourquoi retourner dans ce glorieux passé sublimé ?

« Monsieur mon passé laissez-moi passer  », souffle l’âme.

Mais les doigts serrent le morceau de rameau, l’émotion persiste à une note de larmes.

Mon enfance me sourit et m’invite à dire oui au rappel sensoriel, au souvenir si mal remisé dans le carton usagé des nostalgies.

D’ouvrir une parenthèse à l’abri de l’ombre ténue des conifères.

Il sera bien temps dans un moment de reprendre le chemin pour retrouver la réalité et l’action où les choses se font et se défont.

M’octroyer en cadeau la réminiscence.

Sauter à pied joint dans la flaque immatérielle pour un instant. Plein, rond, souverain, aérien, aromatique.

 

Des cyprès, il y en a plein, partout, pourquoi tout à coup cette évocation insistante ? Question de similitude je pense ! Marcher à pas pondérés à deux enjambées des vaguelettes salées à l’humeur fantasque sur une petite route qui grimpe dans la chaleur de juillet et tomber sur ce parfum incisif, est venu chatouiller mes souvenirs assoupis.

Car juillet, une haie d’arbres d’ornement aux feuilles parfumées en forme d’écaille, une plage en contrebas, je suis passée par là.

Là-bas, une autre route bordée des persistants sempiternellement décorés de leurs grisâtres noix ovoïdes glissait aussi vers la mer, dans de trop longues et trop tendres vacances débordants de jeux sur le sable, de boules acidulées de sorbet citron dans des cornets gaufrés, de feux d’artifices dans des nuits d’été veloutées.

Là-bas existait une radieuse fillette à queue de cheval et jupette de raphia qui entamait la vie avec imprévoyance, s’endormait sous une moustiquaire et ne savait pas qu’elle avait de la chance.

 


 Léo Ferré

 

(publié dans le N° 76 de Filigranes « Tapis de la mémoire »)

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 08:29


De bon matin... au moins quinze problèmes à résoudre ! Non, j'exagère ! Normal je suis marseillaise ! Mais quatre trucs à résoudre : sûr et certain. Dont un toujours pas résolu...
Heureusement il y a eu ce week-end tranquille et magnifique du Petit Séminaire.

Filigranes-004.jpg
Le Petit Séminaire a toujours lieu en février et c'est le nom donné par Odette et Michel Neumayer, directeurs de la revue Filigranes (voir dans les liens la catégorie "Autour de Fili") à deux jours d'écriture au centre de loisirs des Espillières sis au pays d'Aubagne.

Filigranes-005.jpg
Point de consignes ni de thématique à l'horizon, il s'agit seulement de venir un projet perso d'écriture dans le sac ! Et certains viennent de loin (Montpellier - Avignon - Toulon...). Autant de participants que de projets différents : se poser, lire un bouquin en retard, travailler son prochain texte pour la revue ou un futur article pour une autre revue, préparer une agrégation d'histoire-Géo, écrire un conte, un slam, un poème... une lettre d'amour...

Filigranes-006.jpg
Deux jours de pose en retrait du monde qui gronde à partager lectures, écritures, bonne chère et bon vin !

Filigranes-007.jpg

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 13:02


Aïe !

 

Il existe un secret pour avoir un beau jardin disent les jardiniers :

« 1/ tailler – 2/ tailler – 3/ tailler. »

Et pour avoir ses papiers bien rangés faut-il ?

« 1/ jeter – 2/ jeter – 3/ jeter ? »

Paperasses, courriers, factures, mes écritures... déjà ne pas tout mettre dans le même panier.

Pour ce qui est de l’officiel, suffit de suivre les lois en vigueur : trois, cinq, dix ans ; point de problème existentiel le jour où il faudra envoyer aux ordures.

Reste… le reste.

LE journal intime de l’adolescence, des poèmes maladroits, le début d’un roman… LA vieille boîte en carton bleu lavande fanée enserrant billets doux, amicales bafouilles…

Compléter avec :

- carnets de bord, de voyage, cahiers quadrillés emplis de paragraphes recopiés d’auteurs favoris, plus LE plus LA plus LES…

La montagne grandit… à côté des livres… des photos, images et mots.

Sauf qu’à la gare de triage le côté sentiment le dispute au complément.

Où la première catégorie l’emporte d’une manière outrageusement outrancière notamment dans MA chambre.

Telle la grenouille voulant se prendre pour le bœuf, la catégorie préférée enfle démesurément à côté du Prévert jauni senteur grimoire-déniché-au-fond d’une-malle-abandonnée, de… des… trop de trop de trop de sublimé favori…

 

Le problème apparaît, aigu, lorsqu’il s’agit d’enlever d’iconoclastes grains de poussière ayant pris leurs aises, pauvres inconscients sacrilèges, sur la moindre parcelle de l’amoncellement littéraire et graphique.

Ajouter :divers-maison-et-environnement-001.jpg

- au plus près du lit, un vénérable range-documents en cuir noir ventru, joufflu, bouffi, prêt à exploser, impossible à refermer qui, cela ne rate jamais, dés que je l’attrape pour le nettoyer, s’entrouvre en laissant échapper ses trésors en ordre dispersé. Une évidente urgence s’impose, casse-tête…

Que soustraire de la pochette noir d’ébène ?

Quel récit veillant sur mes nuits évincer de la chambre ?

"Quoi" mettre à la poubelle ?

En tout cas évidemment pas…

« Celui-ci » : essai raté, le bougre est revenu !

« CELLES-LÀ ? »  ah non, pas question !
Quant à ces derniers scribouillis, vite les insérer en douce dans le range-documents  ballonné au lieu de les laisser batifoler !


« Dans chaque mot il y a un oiseau aux
ailes repliées qui attend le souffle du lecteur »
(Levinas).


La
perspective de voir s’évanouir à jamais une inestimable parole fait chavirer l’âme. N’empêche, l’humanité a peut-être perdu un volume essentiel dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, l’humanité a néanmoins continué sa route. 
Alors, futile sentiment ou absolue nécessité que de vouloir amasser comme un magot à laisser à la postérité phrases éparpillées ou regroupées sous la forme d’un objet nommé livre.

Qu’envoyer valser par-dessus les remparts abritant tant d’écrits et mes incertitudes ?
Mon cœur balance.

Et si j’empilais les uns sur les autres telle une nouvelle tour de Babel, les bouquins chouchous, les recueils chéris, ces clichés du passé, mes si précieux feuillets qu’un chinois ne comprendrait pas, toutes ces pelures de ce qui fut du bois vivant.

Le tas monterait hardiment à l’assaut du ciel… Après je prendrai une échelle et m’asseyant sur le sommet je jouerai à "La princesse sur le pois" *.

Aïe ! Quelque chose de froid, dur, désagréable, m’a procuré une vive douleur. Sûrement je vais avoir un bleu sur la fesse. Qu’est-ce ?

Je crois deviner ! Ce doit être, romantiquement gardé… le brouillon de cette lettre de rupture.

Voilà, c’est ce truc là qu’il faut jeter.

     


 

* Conte de Hans Christian Andersen

(Texte publié dans le N° 75 de la revue Filigranes "Preuves obstinées"

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 06:48


C'est la pause de dimanche midi vue par Nicole, ce qui s'est passé aux Espillières entre 12 h 30 et 14 h en plein milieu du séminaire de Filigranes.
C'est un regard, un arrêt sur images :

- "Effervescence provoquée par la corporalité parlante des 21 personnes présentes.

Certains mettent la table, servent le vin, partagent les quiches, s'ébrouent pour réveiller les articulations...d'autres se retrouvent et partagent. Odette veille sur chacun pour qu'il ait sa place, son espace, son assiette.

- ....moment du dessert... fromages puis gâteaux. La fébrilité du début se détend, un doux farniente semblerait s'installer. L'espace s'élargit : petites escapades vers la table où sont  proposés les livres de "la bibliothèque éphémère" : livres en relation avec la thématique du prochain numéro de la revue, soit Tapis de mémoire, apportés pour ce jour par chacun. Et chacun  feuillette, découvre, prend des notes...

- Stop ! Odette et Michel sonnent le rappel pour nous sortir de notre ambiance farniente ! !

" Les enfants, il y a encore du boulot qui nous attend ! "2796529427_1b99ee10af.jpg

Porte ouverte sur le dehors... ciel bleu, pins rutilants de lumière". 4324840828_fe934064a0.jpg

 














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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 08:01


4229605496_f991c07fa6.jpgFaut-il tout dire, relater, écrire ?
Tout est-il dicible et dicible tout de suite ?
Ne doit-on pas garder certains moments de notre histoire secrets ?
Dans certains cas sera t-il même jamais possible de narrer ce qui est tapi dans l'ombre ?
Est-il nécessaire d'écrire dans l'immédiateté d'un évènement dramatique ?
Traduire le traumatisme, la honte en pensant que peut-être certains ne vous croiront pas...
Questions posées lors du séminaire Filigranes de dimanche.
Evidemment cela nécessiterait un vrai débat philosophique.
Je crois personnellement qu'il est nécessaire de laisser à certains souvenirs le temps de décanter. Écrire ? Peut-être, après "un passage de témoin" soit l'espace d'une génération.
Je peux seulement dire qu'il y a eu à Marseille un fait de cette sorte Dimanche 24 janvier 1943  dont mes parents et d'une manière plus générale les marseillais ayant assisté à l'évènement ont mis des années à pouvoir parler.


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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 08:27


Autre texte écrit ce dimanche lors du séminaire de Filigranes à partir de "Tapi dans l'ombre" :


3972139465_b2864e5e6e.jpgTapie dans l'ombre des grands plis du rideau, à l'abri du soleil, à l'oubli de sa vie elle écoute les bruits familiers de la maison. L'ombre est-elle protectrice ?
Tapie derrière les lourdes tentures, elle est entrée dans une parenthèse. Avant n'existe plus, après n'a pas eu lieu.
Tapie dans l'ombre, en retrait des taches quotidiennes, elle expérimente le présent. En même temps, tel un chasseur à l'affût, elle sait bien que tôt ou tard il lui faudra bouger, qu'il faudra retourner dans la réalité.
Dans la lumière où les poussières virevoltent, dans l'action où les choses se font et se défont.
L'ombre est-elle propice à l'oubli ? Pas si vite, cela dépend.
Aujourd'hui oui sûrement derrière les vieux rideaux fanés.
Parce que... parfois... subrepticement, le temps nous offre une pause.
Voici venu cet entre-deux, cet entrechat, cet entre chiens et loups où sa mémoire est restée de l'autre côté des rideaux plissés. De l'autre côté où les souvenirs s'agrippent, où la vicieuse peur rode............


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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 07:31


Ce dimanche avait lieu à Aubagne un séminaire de la revue Filigranes ( Nouveau look pour le site de Filigranes ). Ce n'est pas la première fois que je vous parle de la revue et ce n'est certes pas la dernière.
Fili est une route que je suis, une recherche collective, un "créer ensemble" à explorer des pistes...
Hier nous avons planché sur la thématique du prochain numéro de la revue : Tapis de la mémoire.
Puis, à un moment donné, il s'agissait d'écrire un texte dans un laps de temps limité... suite à une sorte de jeu (je vous passe les détails) où je me suis retrouvée avec les mots :
libération - village - passage des américains - mort - adultes - en soi - la barrière - fantasme - au fond.
Voici le résultat  !

Cette barrière au fond du jardin délimitait un espace où il était interdit aux enfants d'aller. Mais de mémoire Sidonie n'avait jamais vu non plus d'adultes s'y promener. La barrière était disjointe et le portillon rouillé qui la trouait ne fermait plus depuis longtemps si même il avait pu remplir la fonction un jour.
Sidonie ne put s'empêcher de songer qu'il faudrait tout de même essayer de savoir pourquoi tant de mystère autour de ce périmètre, en passant devant3901150882_3af5b8f988.jpg la barrière de bois qui allait de guingois.
Une pensée fugitive comme ce nuage vaporeux dans le ciel clair du printemps. Elle pressa son pas ver le village.
Arrivée sur la Grand'Place, elle remarqua comme quelque chose d'anormal, l'air vibrait d'une agitation inaccoutumée. Trop de monde ! Beaucoup plus de gens que d'habitude à la terrasse de "Chez Dédé", le café fédérateur de la place. Mais encore d'autres debout à palabrer avec de grands gestes devant la boulangerie ; mais surtout, surtout un petit attroupement devant la mairie.
Sidonie reconnut Monsieur son cousin de maire qui dépassait le groupe d'une bonne tête. Elle s'approchait quand cette pipelette de Marie, la femme de Raymond l'électricien lui tomba dessus.
- C'est des américains, cria celle-ci à l'adresse de Sidonie en désignant le rassemblement d'un signe de tête.
- Des américains... de la guerre, ajouta-telle !
Sidonie soupira, s'excusa auprès de Marie, dit qu'elle devait voir son cousin pour une raison importante, ce qui était faux et rejoignit la dizaine de personnes entourant le maire.
Celui-ci lui sourit :
- Sidonie, c'est une histoire incroyable ! Et désignant autour de lui trois des hommes aux cheveux blancs vêtus de chemises bariolées, ces types sont américains, ils ont fait partie du bataillon qui a libéré notre village...

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 14:19


Dimanche 24 janvier 1943 huit heures

 

« Tout souvenir se résout en regard » 4210440061_6ec2573211.jpg

Richard Hugo

 

 

Et si tout partait du regard ? De son regard personnel sur cet événement là. Une date historique. Certes. Mais une date mémorisée dans ma famille sans chiffres exacts. Parce que, plus que les chiffres, n’est-ce pas l’événement même qui ferait  la date ?

Etait-ce en 43 ? Oui, c’était en janvier 1943.

« La plus grande rafle que l’histoire ait jamais connue ».

Pas celle du Vel d’Hiv. à Paris. Non. Cette rafle s’est passée à Marseille. Dans les Vieux Quartiers. Afin de laisser le pouvoir en place déloger toute une humble population en un temps record et détruire en peu de jours un quartier décrété insalubre. Mais pourquoi ce secteur de la ville correspondait-il exactement à un tableau d’avenir que des urbanistes avaient présenté quelques mois plus tôt  à l’administration ?

Evidemment que des chiffres, hormis la date, on pourrait en aligner. Le nombre d’évacués. Combien étaient montés dans les trains aux lourdes portes plombées pour le camp de transit de Caïs à Fréjus. Combien y étaient restés. Combien avaient été déportés. Et après une semaine dans le froid et l’inconfort, combien étaient descendus des wagons à bestiaux le 1er février, juste à temps pour assister à l’explosion de leurs maisons. Chiffres implacables. En cela même trop impalpables ?

 

Alors, le regard.

Sur la tante Palade. La tante de ma mère. Une brave. Oui, l’adjectif est le bon. Une brave poissonnière comme celle de la crèche avec ses paniers sur les hanches. Raflée. Déplacée à Fréjus la Tante Palade. Est-ce qu’elle avait emporté ses paniers ce jour clair et glacé de l’évacuation ?

Parce que. Deux jours. Juste deux petits jours. Pas un de plus, pas un de moins entre le bouclage du quartier du Vieux Port et « la plus gigantesque opération de police » de l’histoire. Alors la batterie complète en cuivre est restée accrochée dans la cuisine. Les casseroles, les bassines à confiture, les fait-tout ventrus, restés à jamais dans l’appartement trop vite fermé à clé.

 

Regard.

Dimanche à six heures. Les voitures avec les hauts-parleurs.

« Habitants du quartier, pour des raisons d’ordre militaire, les hautes autorités militaires allemandes ont décidé de procéder à votre évacuation… Préparez-vous donc immédiatement à quitter votre domicile. N’emportez que des bagages à main… N’oubliez pas vos pièces d’identité et papiers de famille… »

 

Regards.

Sur ces grappes d’enfants inquiets se tenant par la main, ces femmes aux sourcils froncés sous leurs modestes fichus, ces hommes avec leurs ballots mal ficelés sur leurs épaules, chacun fouillé, vérifié, identifié, avant d’être entassés dans les tramways. Direction : la gare d’Arenc cernée par des centaines de soldats allemands. Et puis les trains.

Mais si peu de paroles sur cette période. Peut-être la honte ? Pour ceux qui étaient partis ? Sur ceux qui avaient laissé faire ? Mais guère d’ouvrages. Sur cette violence inéluctable, le désespoir et les larmes. Mais tellement rares les images d’archives, les photos en noir et gris. Laisser le moins de preuves possibles ? En interdisant dès le 16 janvier de photographier : les autos-mitrailleuses allemandes qui assuraient le bouclage ; les hauts gradés S.S., René Bousquet souriant à la dernière réunion des responsables de la destruction ; les gendarmes français, les perquisitions. La vie qui s’arrête, brutalement.

 

Dernier regard.

Le lendemain de l’évacuation.

Sur le quai du port. Sur cet amoncellement hétéroclite de matelas, ces pyramides de chaises à l’envers, ces barreaux de lits d’enfants, cet alignement de fauteuils cannelés, cette table en bois aux pieds tournés en chapelet qui semble attendre un hypothétique repas. Et montant la garde devant, cette mémé voûtée, sous son capuchon et son cache-nez, sentinelle frêle et dérisoire.

 

Après. Des équipes officielles dites de « récupération ».

Après. Des tonneaux de cheddite. Des kilomètres de cordeau détonant.

Après. 1er février, à midi quinze exactement, la première explosion.

Puis, chaque jour, jusqu’au 19 février. Les détonations. Les immeubles écroulés. Les nuages de fumée. La poussière.

 

 

- Documentation : Marseille 1943 - "La fin du Vieux Port" (Gérard Guicheteau)

   "La rue qui descend vers la mer" (Nicole Ciravegna)


(Texte publié dans le N° 64 de la revue Filigranes "Une date forcément")

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