Ecritures, lectures, autres slams et divagations par Jeannine Anziani alias Philomène Et tous mes albums et autres livres publiés
Par Philomène
Les marins appellent une
traversée le fait de quitter la terre de vue, par exemple aller du continent en corse (environ 20 h en voilier) ou aux baléares (30 h). Evidemment il y a aussi les grandes traversées dans
l'atlantique...
« E la nave va » *
Ciao passé déglingué, futur en clair-obscur.
Voici enfin l’instant d’ s’arrimer au présent,
De jouer à faire le mousse, qu’à pas la frousse,
De s’déguiser en moussaillon,
Aux bouclettes en tire-bouchon.
Larguées les amarres, on vire à l’est du phare.
Debout, à la proue, le capitaine fixe son mat, Déploie un bras, tâte son génois,
Moi, enraguée, sur le matelas rayé, à l’abri du cockpit,
Je ressuscite, en sybarite.
Mais si on tire à la courte-paille, écrivaille,
C’est toi qui sera mangé, obligé.
En attendant, faut naviguer, arriver, de l’autre côté, de la Méditerranée.
Et le soir, prendre son quart, dans le noir, scruter le radar
Faire la brave, face au vent. Rantanplan.
Mais que vient faire, Rantanplan, là-dedans ?
- Hé matelot, t’as vu le bleu
du ciel, sans pareil,
et le bleu de la mer, outre-mer ?
- Ouais, et les cargos ventrus, qui nous foncent dessus
et la traversée, qui n’en finit plus
et les rafales, qui s’accélèrent
et mon cœur, qui se désespère, peuchère, il préfère la terre !
- Je crois que t’exagères
matelot !
Vise un peu les dauphins, qui viennent faire les malins,
et le bleu du ciel, à nul autre pareil et le bleu de la mer, outre-mer.
- Ouais mais la mer moutonne et l’écume frisonne
et mon mental, s’estramaçonne
parce que la nuit, petit à petit, travestie en mistigri, nous a englouti…
Le jour s’est levé, le pitaine pas rasé, ensommeillé, boit son café,
Je sors sur le pont, scrute l’horizon.
- Hé matelot, t’as vu l’arc
en ciel dans le bleu du ciel
et la mer, qui se donne des airs, de star
planétaire
et là-bas, au loin, t’as-vu… la terre,
tout là-bas là-bas sous le banc de brume ?
- Ouais, je sais, on est presque arrivé.
Bah ! C’était rien qu’une traversée,
une histoire pour se faire peur, pour entendre battre son cœur,
côtoyer les éléments, jouer avec le vent,
oublier les hommes, se mettre un peu la gomme,
et sous le soleil, dans le bleu du ciel,
et sur la mer, couleur outre-mer,
parbleu, chercher les dieux.
* Film de Federico Fellini
(Texte paru dans le N°66 « Ludotextes » de Filigranes)
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